08 novembre 2009
L'astronome aveugle
Après des années de loyal service auprès d'un monarque avide de révélations et de prédictions, un astronome sage et éclairé quitte sa place. Devenu aveugle, il ne peut plus déchiffrer le mystère des étoiles et du ciel. Accompagné de son chat, compagnon fidèle et éternel, il erre à l'aventure le long des côtes du royaume, vivant de la charité des pauvres gens et de divers travaux. Quand l'hiver s'installe, il trouve refuge dans un phare, auprès de son gardien, un vigoureux gaillard qui l'accueille simplement. L'astronome croit alors avoir atteint la fin de sa route, mais son existence reste soumise aux décisions du roi.
Tout semblait avoir mal commencé quand j'ai lu l'exergue, écrit en espagnol, tirée de Campos de Castilla (Champs de Castille) d'Antonio Machado. Le problème, ce n'est pas la langue, c'est l'absence de traduction. Tout le monde n'a pas étudié la langue hispanique pendant le secondaire. Moi, piètre germanophone, je suis désemparée et frustrée par cet exergue obscur et inutile puisque je n'en tire rien.
Passé ce premier moment d'agacement, je me suis laissée emporter par une narration riche et superbement construite. Les tournures légèrement archaïques et les formules désuètes donnent un charme fou à ce conte philosophique. Impossible de vraiment situer les lieux: il y a un peu des côtes de la Bretagne sauvage, un peu des folies du détroit de Gibraltar et un peu de l'exotisme des terres nordiques. L'astronome est une figure détournée de l'enchanteur bien connu du cycle d'Arthur. C'est un Merlin qui n'a pour toute charge d'âme que la sienne et celle de son matou, sans autre quête que la sienne, ce qui est déjà beaucoup.
L'histoire n'est pas des plus originales, mais elle est bien menée. Je ne me suis pas ennuyée une minute. J'ai particulièrement apprécié que les personnages n'aient pas de nom. Ils sont les modèles d'un théâtre d'ombres: le roi, l'astronome, le gardien de phare, le chat, la belle jeune fille, la foule des paysans, etc. Le texte n'y perd rien. On est plongé dans un récit universel sur l'amitié et les autres relations humaines et sociales, et sur le destin personnel.
Très agréable aussi le petit texte qui fait suite à celui-ci, Le roi, le peintre et l'avocette. (Pour les curieux, allez par ici pour savoir ce qu'est une avocette.) C'est un peu la même histoire, sauf que l'astronome est ici un artiste qui peint les choses du monde sans les avoir jamais vues, juste en fixant la houle. Il a pour seule compagnie une avocette qui se pose sur sa fenêtre tous les soirs. Le peintre est au service d'un roi mégalomane et exigeant. L'art finit par avoir raison de la folie du monarque.
Un grand merci à
et aux éditions Ramsay qui m'ont offert ce livre. J'en fais un livre voyageur, alors n'hésitez pas à vous inscrire en laissant un commentaire!
07 novembre 2009
Les belles choses que portent le ciel
Premier roman de Dinaw Mengestu. 
Stéphanos l'Ethiopien, Kenneth le Kenyan et Joseph le Congolais sont trois amis que l'histoire sanglante de l'Afrique a contraint à trouver refuge en Amérique, terre de promesses et de fumée. Stéphanos possède une petite épicerie dans un quartier délabré de Washington, sur Logan Circle, une grande place où trône la statue du général Logan. Les trois hommes se retrouvent régulièrement dans l'arrière boutique de Stéphanos. Ils s'adonnent à leur jeu favori, répertorier les dictateurs et les coups d'état qui ont secoué et secouent l'Afrique. L'existence de Stéphanos change quand Judith, une riche blanche, achète une des maisons en ruine qui bordent Logan Circle et la fait entièrement rénover pour s'y installer avec sa fille Naomi, une adorable fillette métisse. Entre les trois voisins se nouent une douce relation faite de timidité, de gêne et de fossés à franchir.
Très beau texte sur l'impossibilité de s'intégrer totalement à une société. Et les exclus ne sont pas vraiment ceux que l'on croit. Si Stéphanos et ses amis sont plus que déçus par les promesses vaines de la grande Amérique, c'est Judith qui est la plus perdue. Entre un ex-compagnon noir et une fillette qui la repousse et la teste, dans un quartier qui n'a d'américain que la statue qui trône en sa place, la femme blanche est celle qui a le moins de racines.
Stéphanos résume en quelques mots son intérêt pour Logan Circle et en tire des conclusions sur l'histoire de l'Amérique: "J'aimais cette place à cause de ce qu'elle était devenue: la preuve que la richesse et le pouvoir n'étaient pas immuables, et que l'Amérique n'était pas aussi grandiose que cela, après tout." (p. 25)
Avec l'Afrique toujours présente, représentée sur une carte des années 1980 ou revisitée en mémoire par les trois hommes, le récit devient un conte de l'errance, de la perte de la terre originelle, de son manque, mais aussi du dégoût qu'elle provoque et du mépris qu'elle suscite. C'est une terre qui tue ses enfants, qui les force aux pires exactions, qui les pousse à s'enfuir. Loin des yeux, près du coeur, mais tout de même dans la haine.
Troublante ressemblance entre le nom de l'auteur américain, dont le personnage est éthiopien, et celui du dictateur éthiopien Mengistu Haile Mariam. Comme un petit clin d'oeil et un rappel: entre le génie et le monstre, il n'y a qu'un pas.
Avec de belles références à l'Enfer de Dante, à qui le roman doit son titre, et aux Frères Karamazov de Dostoïevski, le texte est riche d'une profondeur littéraire et historique tout à fait agréable à découvrir au fil des pages.
Un grand merci au site
et aux éditions
qui m'ont offert ce livre.
05 novembre 2009
Les petits chiens
Livre illustré par Sharon Beals. 
Peu de textes pour accompagner de belles images en noir et blanc argenté. D'adorables frimousses de craquants petits chiots trop mignons.
Pas d'analyse ou de critique pour cet ouvrage, juste du ressenti purement affectif, des "Oh" et des "Ah" parce que j'adore les toutous, moi! Et là j'ai été servie!
Lili Galipette en mode puéril qui gazouille et qui s'émerveille. Ca passera, pas de problème...
04 novembre 2009
Lili chez Babelio
03 novembre 2009
Déception
Je suis, depuis quelques années, globalement déçue par les prix littéraires de la rentrée. Depuis 2007 en fait, année où le Goncourt est passé sous le nez de Philippe Claudel et son Rapport de Brodeck (Ben oui, c'est une idée fixe!)...
Passe encore que le Goncourt récompense cette année encore un titre publié chez Gallimard. Ça devient un prix de la maison, on le saura. Et les Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye le mérite très certainement. J'en dirai plus quand j'aurai lu le livre. Mais que le Prix Renaudot soit attribué à Frédéric Beigbeder pour son livre Un roman français, ça me dépasse, ça me désempare, ça me désarçonne. En un mot, ça me déçoit.
C'est mon avis, et je le partage (gnierk gnierk): Frédéric Beigbeder ne mérite pas ce prix. J'ai feuilleté son livre et ce n'est vraiment pas ce que j'ai lu de mieux. Le bonhomme est à n'en pas douter un très bon critique littéraire, mais il est, à mon sens, un piètre écrivain. Les statuts du Prix Renaudot sont clairs: il s'agit de récompenser un roman. Un roman, pas une autobiographie au titre plus ou moins grossier. J'ai encore l'impression qu'on a récompensé le dernier de la classe simplement qu'il fait marrer tout le monde. Et ça m'énerve!
Et les autres prix littéraires, me direz-vous??? Voui, je sais, je me limite aux deux principaux prix... Mais j'ai beaucoup d'intérêt pour les autres aussi! Là, je me contente de pousser un coup de gueule!
01 novembre 2009
Syngué sabour - Pierre de patience
Roman d'Atiq Rahimi. Prix Goncourt 2008.
(Je n'ai jamais qu'un an de retard...)
"Syngué sabour (du perse syngue "pierre" et sabour "patience"). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là, on est délivré." (Quatrième de couverture)
Une femme afghane veille son époux, immobile, absent et silencieux depuis qu'il a reçu une balle dans la nuque. Pieuse d'abord, elle égrene les noms d'Allah au rythme des boules d'un chapelet, et entoure son homme de soins attentifs et inquiets. Le silence et l'impassibilité de l'homme ont peu à peu raison de sa patience et de sa retenue. Seule face à l'homme, elle parle pour la première fois, raconte ses attentes déçues, ses trahisons et ses décisions de femme rebelle. Elle dit sa haine de la guerre qui lui a volé plusieurs fois son époux, sa haine d'une religion qui place les principes au-dessus de l'amour. Dans une chambre, elle prend possession de l'esprit de son homme, en fait le réceptacle d'une vie perdue et d'aveux indicibles.
D'abord gênée par le ton du texte et son sujet, je me suis laissée prendre à la beauté des mots. Je n'aime pas les récits qui parlent de maladie, d'infirmité et de diminution physique. Encore moins ceux qui montre l'emprise d'un personnage sur un autre, malade. C'est un voyeurisme qui, plus encore que tous les autres, m'écoeure.
Mais il y a dans la plume d'Atiq Rahimi une pudeur au coeur même de l'étalage, une retenue subtile avant le débordement. La femme parle avec haine parfois, colère et lassitude très souvent. Elle blasphème, se repent dans l'instant, et recommence. Son discours est une mélopée sans fin. La narration même participe de tous les aveux de cette femme coupable et blessée. Les descriptions sont des cantiques. Tout dans la langue de l'auteur est célébration, quel que soit l'objet de cette célébration.
Il y a peu de gestes, même si le texte est riche en allusions visuelles, en beautés cachées et en horreurs dissimulées. Mais de mouvements, on ne saurait dire qu'ils abondent. Ce qui rend la conclusion, la dernière page si impressionnante, si troublante! Impossible d'en dire davantage sans déflorer toute une narration subtile et très richement construite.
C'est une belle lecture, mais il vaut mieux être bien dans ses baskets avant d'ouvrir le livre. Déprimés s'abstenir...
La Signora Wilson
Roman de Patrice Salsa. Lettre S de mon Challenge ABC 2009. 
Le narrateur vient d'être nommé dans une ambassade à Rome. Aristocrate dandy et habitué au luxe, il mène une vie de faste et d'indolence. Dans le superbe palazzo où il loge, il est très régulièrement dérangé par des appels téléphoniques. Les interlocuteurs anonymes demandent toujours à parler à la Signora Wilson. Au gré de ses déambulations dans la cité éternelle, il en découvre les splendeurs architecturales et s'initie au libertinage latin. Violemment renversé par une voiture lors d'une de ses promenades, il se relève, et son quotidien rassurant fait place à un voyage onirique au coeur de son enfance, de ses peurs et des chefs d'oeuvres antiques et classiques. Au terme de son périple, il comprendra qui est la Signora Wilson et quelle place elle tient dans son existence.
Gros problème avec Actes Sud, en ce qui me concerne. C'est une maison d'édition que j'adore, et dont chaque nouvelle publication trouve grâce à mes yeux. Donc, quand je reste en butte sur un des titres de cette maison, je ne peux m'empêcher d'être persuadée que c'est moi le problème, et pas le livre. Parce qu'Actes Sud ne publie que des très bons textes. Me voilà toute dépitée à la fin de la lecture de ce livre. Parce que je ne l'ai pas aimé.
Prendre le lecteur pour un couillon, tout de même, ça ne peut se faire qu'avec des pincettes! Réécrire les mythes antiques, ça demande aussi de ne pas utiliser une truelle! Un peu de finesse que diable! Passe encore que l'oeuvre des Parques soit de détricoter un pull jacquard pour signifier au pauvre mortel qu'il est en bout de course, mais faire de Charon un chauffeur de taxi qui râle sur le pourboire, ça pousse un peu loin le pastiche.
L'auteur est mélomane, on le saura. Pas une page sans qu'un morceau de musique classique rythme la scène. Dans un film, ça serait super. La musique intradiégétique, ça a toujours plus de corps qu'un banal accompagnement musical. Mais sur le papier, ça ne donne pas grand-chose pour qui n'a pas l'intégrale de la musique classique à portée d'oreille... C'est très agaçant de ne pas connaître le morceau dont il est question quand on sait bien que ça nourrit l'intrigue. La synesthésie perd tout son sens. Je ne reproche pas le renvoi à d'autres oeuvres, ni ne refuse l'intertextualité. Mais pour ce texte, la moitié, au moins, des références musicales est superfétatoire. Et la façon de les introduire est pompeuse, voire dédaigneuse. L'auteur veut en mettre plein la vue, et c'est très impoli. Non mais!
Il y a tout de même des passages superbement travaillés. Notamment la description des tenues de soirée féminines, dans le magasin de confection. La profusion d'étoffes, de camaieux de couleur, de coupes et de modèles me rappelle le naturalisme de Flaubert, quand il décrit la pièce montée du mariage Bovary ou la casquette de Charles jusqu'à ce que l'abondance de détails annule la fonction première de la description. On sort de là tout étourdi, plein d'images.
Attendre la toute dernière ligne du livre pour en comprendre le sens, c'est tout de même dommage. Parce que si j'avais cédé à la paresse, le livre me serait resté totalement hermétique.
Dernier point: comme toujours chez Actes Sud, les premières de couverture sont sublimes!
30 octobre 2009
Le camion électrique
Julien a inventé un camion électrique. Un camion géant. Un semi-remorque. Recouvert de panneaux solaires, le véhicule est censé capter la lumière pour en faire de l'électricité et produire ainsi son propre carburant, propre et économique. Mais les batteries de l'engin tombent en panne. Julien et son épouse Alice sont arrêtés au pied d'une butte, au bord d'une route où personne ne passe jamais. Cinq cent mètres derrière, il y a un village. Cinq cent mètres, ce n'est rien, à pied quelques minutes suffisent. Mais le semi-remorque qui n'avance désormais que d'un mètre par jour n'est pas prêt de l'atteindre. Pour tuer le temps, Julien ouvre, un peu par hasard, un commerce de boîtes de cassoulet et de bouteilles d'eau minérale, à bord de son camion. Les mercredi et samedi, il fait aussi la garde de tous les enfants du village. Alice se lasse de cette vie immobile, ou presque, pendant que Julien échaffaude les solutions les plus folles pour faire bouger son camion.
Le début de l'histoire est charmant. Le personnage du savant fou dépassé par sa création est attachant, même si on aurait bien envie de lui secouer un peu les puces. D'emblée, je n'ai pas aimé le personnage d'Alice, l'épouse délaissée qui sacrifie son existence de mauvaise grâce aux projets délirants de son mari. Elle n'avait qu'à partir tout de suite la mijaurée!
Les derniers chapitres et la conclusion m'ont fortement déplu. Je n'ai pas compris le glissement depuis la fable sur la réussite personnelle et l'accomplissement de soi vers le conte gothique et l'apologue moralisateur, dans le genre de l'Ecclésiaste. Vanitas vanitatum omnia vanitas, oui, merci on le sait depuis longtemps.
Néanmoins, la construction est très sympathique. Les chapitres, longs de trois pages maximum, permettent une avancée au rythme du camion: pas beaucoup, mais un peu quand même. Et peu à peu, ça fait une histoire. L'ensemble est agréable, même si je reste sur la réserve quant à la fin du texte. C'est une lecture agréable, simple, sans prétention, tout à fait abordable par des adolescents.
Une phrase m'a beaucoup plu, et je la retiens comme mantra pour les jours à venir: "Arriver au terme d'un projet, était-ce forcément le réussir?" (p. 44)
Un grand merci à Babelio et aux Editions Volpilère
qui m'ont offert ce livre.
28 octobre 2009
Je t'offrirai une gazelle
Roman de Malek Haddad. Lettre H de mon Challenge ABC 2009. 
Gisèle Duroc, relectrice aux Editions du Ciel de Paris, découvre le manuscrit d'un auteur inconnu, Je t'offrirai une gazelle. Le roman relate la belle romance entre Moulay et Yaminata, à l'ombre des dunes du Sahara. L'auteur est un poète, un écorché qui ne supporte que la compagnie de M. Maurice, un habitué du troquet qu'il fréquente. Gisèle Duroc est troublée par le texte, mais bien davantage encore troublée par l'auteur.
Très belle construction pour ce roman qui n'a d'exotique que le titre. Le premier chapitre est en fait l'introduction du livre que le personnage écrit. En quelques lignes, il trace le portrait de l'écrivain face à sa feuille, d'une façon qui, si elle n'est pas innovante, n'en est pas moins poétique et délicate. Et tout au long du texte se tisse une image, une idée de l'écrivain. Il est maudit comme au temps des Rimbaud et Verlaine, il est acharné comme l'était Balzac, il est d'ailleurs comme étaient d'ailleurs Desnos et ses acolytes.
De l'auteur du texte, on ne connait pas le nom, à aucun moment. Et c'est toute une théorie littéraire qui s'effondre devant les évidences: "Le manuscrit ne portait pas de nom d'auteur. Ce dernier, un jour qu'il se trouvait en lyrisme commandé, avait affirmé dans une revue que les bienfaiteurs du rêve voyagent incognito. Il se prenait peut-être pour un bienfaiteur du rêve. En vérité il ne comprenait pas cette façon d'agir qui consiste à dire: "C'est moi!" On dit "C'est moi." Et puis on dit "C'est à moi!" On donne son nom à un enfant. Mais, heureusement, on ne l'appelle que par son prénom. L'hypocrisie patrimoniale que représentait un nom d'auteur sur une couverture le dégoûtait." (p. 13 & 14)
Le roman offre une vision idéalisée, mais aussi désabusée d'un pays en guerre. L'Algérie n'est pas que le pays des gazelles, des femmes bleues et des onirismes exotiques. C'est aussi un pays marqué par le conflit qui l'oppose au tyran colonialiste, pays qui essaime et perd ses enfants en métropole. Il n'y a pas de descriptions claires de la guerre franco-agérienne, mais les allusions se succèdent et comblent les silences: un contrôle abusif de papiers d'identité, une famille décimée par le typhus, une enfant morte sous le sable, etc. Quelques phrases peut-être sortent du lot, et disent les choses telles qu'elles sont: "Entre Paris et Alger, il n'y a pas deux mille kilomètres. Il y a quatre années de guerre. Il est inutile d'interroger. Ce n'est pas du voyage, ce n'est pas du tourisme. Les trains ne s'en vont plus pour le plaisir de s'en aller." (p. 98)
Petit coup de griffe envers les maisons d'édition, qui m'a fait sourire: "Il y a longtemps que l'auteur se doute qu'on peut parler de tout dans une maison d'édition sauf de littérature." (p. 55)
Une très belle lecture, étourdissante comme l'histoire d'amour qui ne se noue qu'à demi entre Gisèle et l'auteur, grisante comme le soleil qui inonde le désert, incisive par tous ses jugements. Rapide aussi, à peine une heure de plaisir. C'est peut-être là le défaut de ce livre. Sa concision, toute sublime, est frustrante. J'ai refermé le livre avec un mot au bout des doigts: encore.
25 octobre 2009
Le Montespan
Louis-Henri, marquis de Montespan, est un époux comblé. Françoise est assurément la femme la plus belle du royaume, et elle l'aime d'une commune passion. Mais un tel trésor ne peut que faire naître les convoîtises. Nommée dame de compagnie de la reine Marie-Thérèse, Françoise de Montespan ne tarde pas à se soumettre et à succomber aux désirs du Roi-Soleil. Tout autre époux que Louis-Henri aurait tiré profit de cette union adultère. Mais en Gascon simple et homme amoureux, il refuse de céder son épouse à un autre, fût-il roi de France. Téméraire et insoumis, il accuse le roi. Son carrosse, repeint de noir et affublé de bois de cerf, annonce partout la honte qu'il subit. Ne cédant ni aux cadeaux ni aux menaces, retranché sur ses terres de Guyenne, il attend le retour de sa femme.
Truculente et enlevée, cette biographie du marquis de Montespan ne manque pas de piquant. L'auteur appelle les chats par leur noms, et les grands de l'Histoire sont rhabillés pour l'hiver. Je doute que les gravures et autres illustrations aient pour but premier d'informer. Il s'agit surtout de faire rire. Voilà un roman qui se lit en une demi-journée, parfait pour occuper une après-midi trop longue, derrière une vitre au soleil.
24 octobre 2009
Le livre des nuits
Victor-Flandrin Pléniel, que l'on appelle aussi Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup, quitte la péniche qui l'a vue grandir, s'éloigne de l'eau à laquelle sa famille était attachée depuis des générations pour s'enfoncer dans les terres. Il porte au coup les sept larmes de son père, dont le visage a été marqué par le sabre d'un uhlan en 1870. Il avance accompagné de l'ombre blonde de sa grand-mère qu'il porte comme une protection. C'est à Terre-Noire, un lieu reculé, qu'il établit son existence, qu'il prend femme, quatre fois, et qu'il engendre une descendance nombreuse, sous le sceau de la géméllité et de la tache d'or qu'il transmet à l'oeil de tous ses enfants. Traversant les conflits qui agitent le reste du monde, incapable de soustraire les siens aux remous de l'histoire et des passions, Victor-Flandrin dure longtemps alors que sa famille meurt et se réduit.
Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup est un personnage comme j'aimerais en croiser plus souvent dans mes lectures: "Nul ne savait vraiment d'où il venait, ni pourquoi ni comment il était arrivé là. Les légendes et les ragots les plus fantasques couraient au sujet de son teint noirci par la poussière de charbon, des taches d'or de son oeil qu'il se mettait maintenant à distribuer à sa progéniture, de son ombre blonde qui hantait toute seule les chemins, de son accointance avec les loups, de sa voix dont l'accent différait de celui de la région, de son regard capable d'éteindre les miroirs et de sa main mutilée." (p. 94)
Et tous les autres personnages sont aussi bien construits. La question de l'identité est au coeur de tout le roman. Il y a impossibilité pour tous d'être unique. Il n'y a que double et dédoublement, soit par la géméllité, soit par un double prénom, soit par un surnom qui parachève la personne, qui valide l'existence.
Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans la progéniture de Victor-Flandrin. J'y ai vu une famille fantastique, aux ramifications infinies, un peu comme l'immense tribu des personnages de Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez. A la fois bien réels et totalement chimériques, les êtres traversent le texte et lui confèrent une valeur merveilleuse, aux limites du fantastique. Il y a celui qui parle aux loups, celui qui porte en lui son frère, celles qui sentent et vivent les malheurs de demain, celui qui chante mieux que les oiseaux, etc.
Le texte, à la fois récit familial, récit initiatique pour chaque personnage, apologue, conte philosophique, légende, se décompose en strates qui ne peuvent aller les unes sans les autres. C'est très bien écrit, puissant et entraînant. C'est la meilleure lecture de mon mois d'octobre.
Pour m'y retrouver et pour ceux qui seraient tentés par le livre, voici un petit récapitulatif de la famille Pléniel. C'est basique, mes compétences en description généalogique n'étant pas bien étendues.
Génération 1 |
Génération 2 |
Génération 3 |
Génération 4 |
Vitalie + Le Père |
Théodore-Flandrin |
Théodore-Flandrin + Noémie |
Honoré-Firmin & Herminie-Victoire |
Théodore-Flandrin + Herminie-Victoire |
Victor-Flandrin (Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup) | ||
Mariages et descendance de Victor-Flandrin Pléniel | |||
Victor-Flandrin + Mélanie Valcourt |
Augustin & Mathurin (Deux-Frères), Mathilde & Margot (La Maumariée) |
Deux-Frères + Hortense = Benoît-Quentin |
|
Victor-Flandrin + Blanche Davranches |
Rose-Héloïse (Sœur Rose de Saint-Pierre) & Violette-Honorine (Sœur Violette du Saint-Suaire) |
||
Victor-Flandrin + une femme anonyme |
Raphaël, Gabriel et Michaël |
||
Victor-Flandrin + Elminthe-Présentation-du-Seigneur (Sang-Bleu) |
Baptiste (Fou d’Elle) & Thadée |
Baptiste + Pauline = Jean-Baptiste (Petit-Tambour) & Charles-Victor (Nuit d’Ambre) |
|
Thadée = Tsipele et Chlomo |
|||
Victor-Flandrin + Ruth |
Sylvestre & Samuel, Yvonne et Suzanne |
||
20 octobre 2009
Comme un livre ouvert
Voilà un nouveau tag, trouvé chez Fattorius. Il m'a occupée quelques heures. Pas toujours facile de trouver des réponses appropriées. Je ne l'impose à personne. Ceux que ça tente peuvent le reprendre.
1- A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture? Jojo Lapin, Enid Blyton.
2- Quel est le chef-d'oeuvre "officiel" qui te gonfle? Stupeur et tremblement, Amélie Nothomb. Je ne l'ai pas lu, et je ne suis pas prête de m'y atteler.
3- Quel classique absolu n'as-tu jamais lu? Guerre et paix, Léon Tolstoï. Mais il est sur ma LAL!
4- Quel est le livre, unaniment jugé mauvais, que tu as "honte" d'aimer? Tous les livres de Guy Des Cars, tout particulièrement Le château de la Juive. Et j'affirme que ce ne sont pas des romans de gare à l'eau de rose. Il y a de réelles qualités littéraires dans tous les textes de cet auteur!
5- Quel est le livre que tu as le sentiment d'être la seule à aimer? Même réponse que précédemment.
6- Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier? Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel.
7- Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer? Roman, Onuma Nemon.
8- Quel livre pourrais-tu lire et relire? Madame Bovary, Gustave Flaubert. Il faut d'ailleurs que j'écrive un billet sur ce livre!
9- Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de la personnalité? Tous les contes de Grimm, Andersen et Perrault.
10- Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes? Le lion, Joseph Kessel.
11- Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique? (M'enfin!!!! C'est très personnel comme question ça!) Journal d'une femme adultère, Curt Leviant.
12- Quel livre emporterais-tu sur une île déserte? La Bible, indubitablement.
13- De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience? Le dernier tome du cycle L'affaire Jane Eyre, Jasper Fforde. Cela me permettrait enfin de publier mon billet sur ce cycle et de partager ma passion pour cette oeuvre! J'ai le tome 5 sous le coude, tout en haut de ma PAL, Le début de la fin.
14- Quel est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi? La couleur pourpre, Alice Walker, par Steven Spielberg.
17 octobre 2009
Fragments d'un discours amoureux
"La nécessité de ce livre tient dans la considération suivante: que le discours amoureux est aujourd'hui d'une extrême solitude. Ce discours est peut-être parlé par des milliers de sujets [...], mais il n'est soutenu par personne." (p. 5)
Pourquoi faire un résumé imparfait quand l'introduction est si claire? Le texte présente les états du l'état amoureux au travers du langage qui les sanctionnent. Il y a des jolies réflexions. "Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l'autre. Comme si j'avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir." (p. 87)
J'ai été un peu irritée par la similitude systématiquement pointée entre la figure de l'aimé absent et la réminiscence de l'abandon par la Mère. Freud n'est pas ma tasse de thé.
Pour la première fois depuis longtemps, j'ai picoré dans un livre, je n'ai pris que ce que je voulais. Ca fait du bien de changer de pratique.
14 octobre 2009
Il pleut des livres
Rendez-vous chez Babelio jeudi!
11 octobre 2009
Princesses de science
Roman de Colette Yver. Prix Fémina en 1907. Lettre Y de mon Challenge ABC 2009.
Le docteur Fernand Guéméné est amoureux de Thérèse Herlinge, la fille du prestigieux docteur Herlinge. Elle est interne dans le service de son père. Quand Fernand demande la main de Thérèse, il attend d'elle qu'elle renonce à la médecine pour se consacrer au foyer, ce qu'elle refuse. Pour vivre avec la femme qu'il aime, Fernand comprend qu'il doit céder.
Féministe et catholique, tout comme son auteur, ce livre est passablement démodé sur le fond. On ne demande plus à une femme de choisir entre sa carrière et sa famille aujourd'hui. Sur la forme, peu de choses à dire. Ce n'est pas mal écrit, ça se lit sans déplaisir, mais tout ça manque de sentiments.
08 octobre 2009
Rouge
Roman de Marie Delvigne. Lettre D de mon Challenge ABC 2009. 
Le narrateur, un homme, évoque la maladie de la femme qu'il aime, et combien cette maladie déshonorante pour elle est objet de jouissance pour lui.
Estomacs sensibles s'abstenir... C'est toujours dérangeant de lire la confession d'un déviant sexuel. Je me demande ce que ça apporte au lecteur. Je reconnais au texte une puissance rythmique parfaite: en 70 pages, impossible de reprendre haleine. L'obsession du narrateur pour le rouge est palpable, on a l'impression que la couleur suinte à chaque page. Mais le sujet n'est définitivement pas de ceux que j'affectionne. Et je me demande où j'ai pu trouver ce livre pour avoir envie de le lire...
06 octobre 2009
La place
L'auteure fait le récit de l'existence de son père, depuis ses premières années de garçon de ferme jusqu'à la réussite du petit commerçant. Elle raconte aussi les brisures constantes entre cet homme du passé et elle, jeune femme happée par la modernité.
Moins catastrophique Les années, ce livre ne se laisse toutefois pas lire avec plaisir. L'auteure parle de son père, un être pour lequel chacun ne peut qu'éprouver des sentiments extrêmes, quelle qu'en soit la nature, avec une insupportable platitude assumée? "Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d'une vie soumise à la nécessité, je n'ai pas le dorit de prendre d'abord le parti de l'art, ni de chercher à faire quelque chose de 'passionnant" ou "d'émouvant"? Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d'une existence que j'ai aussi partagée. Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L'écriture plater= me vient naturellement, celle-là même que j'utilisais en écrivant auterfois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles." (p. 24) Ca ne me convainc pas. J'ai l'impression de lire le résumé objectif de toute une catégorie sociale. A croire que le père d'Annie Ernaux n'est qu'un prétexte pour raconter de façon grossière toute la destinée d'une génération.
Mais peut-être aussi que j'aime trop mon papa pour réussir à comprendre qu'on puisse ainsi parler de tous ces hommes merveilleux...
05 octobre 2009
Oscar et la dame rose
Oscar a une leucémie. L'opération de la dernière chance a échoué. Personne ne peut affronter le petit garçon. Personne, sauf Marie Rose, la "dame rose" qui visite les enfants. Elle lui conseille d'écrire à Dieu. Pendant douze jours, Oscar grandit de dix ans et il confie ses pensées à Dieu.
Première page et déjà, ça commence mal: "Écrire, c'est rien qu'un mensonge qui enjolive." (p. 9) Monsieur Schmitt, je ne suis pas d'accord. L'écriture, c'est la révélation de ce qu'on n'arrivait pas à voir sans le passage par la plume, selon moi et je n'en démords pas!
Je n'y crois pas à ce langage trop direct de petit garçon effronté. La leçon de catéchisme est des plus indigestes: "Dieu n'est pas le Père Noël. Tu ne peux demander que des choses de l'esprit." (p. 21) Les personnages sont insupportablement caricaturaux. Passe encore que la mémé de choc se fasse passer pour une ancienne catcheuse, reine des rings régionaux. Mais les camarades de souffrance d'Oscar sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase: entre le grand brûlé, le gamin qui souffre d'obésité infantile et le cas d'éléphantiasis, on déambule en pleine galerie des horreurs. Trop de pathos tue le pathos. Merci Monsieur Schmitt, on a compris que vous vouliez nous faire pleurer, inutile d'en rajouter! Toute cette mièvrerie gâche l'effet voulu du livre, à mon avis. Au lieu de m'émouvoir, ça m'agace. Et si ça m'agace, je taille dans le vif.
Les amants du Tage
Antoine a tué sa femme après l'avoir trouvée dans les bras d'un autre. Il est acquitté. Kathleen a poussé son époux du haut d'une falaise. Elle fuit, se croyant hors de tout soupçon. C'est à Lisbonne, au son d'un fado, qu'ils se rencontrent. Entre eux, l'amour n'est que doute et questionnement. Un enquêteur de Scotland Yard se sert de leurs crimes respectifs pour les amener à se détruire l'un l'autre.
Bof. La jalousie hystérique et vociférante n'est pas de mon goût. J'ai eu la constante impression que l'auteur n'était pas capable de finir ses phrases, a fortiori ses chapitres. On passe d'un moment à un autre par des hiatus pleins d'une brusquerie qui frôle avec la grossièreté. J'apprécie la concision, pas l'avarice de mots. Lu très vite, à oublier très vite. On ne peut pas écrire Le lion tous les jours.
04 octobre 2009
L'Astrée
Roman-fleuve d'Honoré d'Urfé. Lettre U de mon Challenge ABC 2009. 
Astrée et Céladon, deux bergers foréziens, s'aiment d'amour pur. Tout et tous concourent à détruire la perfection de leur union.
J'avoue, à ma grande honte, avoir cédé après 27 pages. Moi qui me targue de ne jamais abandonner un texte sans lui laisser cent pages pour me convaincre, j'ai capitulé devant l'ampleur de l'écrit et de la langue. Cela tient sans doute à l'édition que j'ai choisie (et qui n'est pas celle de l'illustration) et dont la langue est des plus désuètes. Pas grand-chose à dire de ce texte, puisque je ne l'ai pas vraiment lu... Un de moins sur ma LAL... A reprendre peut-être plus tard, dans une édition plus moderne.

















