30 septembre 2009
Mademoiselle Coeur Solitaire
Roman de Sébastien Ortiz. Lettre O de mon Challenge ABC 2009. 
"Il y a exactement cinquante ans sortait l'un des films les plus populaires d'Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour (Rear Window). Le metteur en scène nous laissait entrevoir quelques minutes le triste et attachant destin d'une femme sans homme, que le personnage interprété par James Steward devait baptiser Miss Lonely Heart. Ce film, Fenêtre sur cour, est le cadre de ce livre. Le livre, comme le film, se déroule pendant quelques jours décisifs dans la vie de cette femme seule. Le point de vue qu'il adopte (ce mystérieux «quatrième côté») seul en diffère. Ce livre est dédié à la mémoire de Judith Evelyn, qui prêta à Miss Lonely Heart ses traits désolés, ainsi qu'à celle de tous les héros furtifs du septième art." Sébastien Ortiz (p. 15)
Le narrateur c'est donc le quatrième mur. Ce quatrième mur qu'Hitchcock n'a pas montré pour la simple raison que c'est depuis une fenêtre de ce même mur que Jefferies observe ses voisins. C'est le mur du voyeur, le mur voyeur. Jefferies est relégué au rang des personnages secondaires. Le voyeur devient un épié, parmi d'autres. Et ça me rappelle un peu le quatrième mur au théâtre, cette frontière invisible et transparente qui sépare scène et salle et qui entérine l'illusion. On sait que ce n'est pas la réalité qui se joue devant nous, mais le temps de la représentation, on fait en sorte de l'oublier.
Si Miss Lonely Heart devient le personnage central, elle n'en est pas moins l'objet de la curiosité d'un voyeur. Elle n'existe que parce qu'on la regarde, voire parce qu'on dissèque son existence. Mais le voyeur pose à juste titre la question de la validité de son récit: "Quel sens aurait pour moi un appartement où tu ne serais plus? Que se passerait-il dans une chambre où tu ne serais plus?" (p. 106) Belle interrogation qui, à mon sens, interroge aussi l'essence du roman et sa nature intrusive. Qu'est-ce que le roman si ce n'est une plongée au coeur d'intimités soudainement révélées? Bien entendu, c'est le cas pour tous les romans, mais la question ne se pose pas d'ordinaire de façon aussi flagrante. On rentre toujours dans le livre comme en territoire conquis, sans se demander si on va gêner. Le roman de Sébastien Ortiz nous renvoie cette évidence aux yeux, au fil des lignes.
Il nous plonge donc dans le quotidien déprimé de Miss Lonely Heart. Le narrateur est le mur, même s'il se garde bien de le dire dans les premières pages. On croit entendre un autre voisin. Une phrase, pleine de bon sens, fait apparaître que, mur ou humain, le voyeur-lecteur est impuissant: "Je suis l'impuissance monstrueuse du regard." (p. 126) Et voilà qu'Ortiz jette aux orties les théories brechtiennes de la distanciation.
Pas de citation en début du livre, mais un renvoi à deux oeuvres d'art. La première est un tableau d'Edward Hopper, Night Windows. La seconde est un titre de Miles Davis, Someday My Prince Will Come (que Disney a mis dans la bouche de cette nunuche de Blanche-Neige). J'aime cette synesthésie qui convoque toute ma sensibilité, et qui surtout titille ma curiosité. Comme Sébastien Ortiz (ou sa maison d'édition?) n'est pas un idiot, il a bien fait les choses. La toile (ci-dessous) est la parole illustrée du quatrième mur. Quant à la chanson, elle est la parole de Miss Lonely Heart. J'apprécie toujours que le logos revête différentes apparences. Ces deux convocations d'oeuvres présentent avant même le début du texte les deux personnages. On sait qui est le voyeur. On sait qui est l'épié.
Il y a de très touchants passages. Je retiens celui où Miss Lonely Heart prépare un dîner pour l'homme de ses rêves. Chaque action est ponctuée des paroles d'un titre de Bing Crosby, To See You Is To Love You. C'est fait avec beaucoup de délicatesse, mais aussi une sorte de désespoir désabusé. On sait bien qu'il n'arrivera rien de palpitant à cette pauvre Miss Lonely Heart, en tout cas, pas ce soir. Et pour finir, quelques phrases que je retiens. "Et aujourd'hui te voici oubliée sur l'étagère comme l'un de tes bibelots en faïence que n'anime aucune autre finalité que de s'empoussiérer dans l'attente." (p. 36) "Personne ne te fait la cour puisque c'est la cour qui te fait." (p. 40)
Vous l'aurez compris, quand j'utilise des mots comme synesthésie ou logos dans un seul billet, c'est que le texte a réveillé l'ancienne élève de khâgne qui sommeille en moi. Et elle ne se réveille que pour des bonnes raisons (elle n'a pas assez dormi pendant deux ans, donc elle se rattrape maintenant!) Et vous l'aurez compris, quand je commence à parler de moi à la troisième personne, c'est qu'il est temps pour moi d'aller me coucher... Je conclus en disant que c'est une très bonne lecture et qu'il ne me reste plus qu'à voir le film d'Hitchcock. Heureusement que le N'amoureux connaît ses classiques, et qu'entre deux buts du Real Madrid, il est capable de répondre à mes questions sur qui-fait-quoi-dans-le-film.
Merci à je ne sais plus quel blogueur ou blogueuse (la honte...), chez qui j'ai pêché le titre de ce livre il y a quelque temps.
L'homme que l'on prenait pour un autre
Sans cesse dans la rue, on le prend pour quelqu'un d'autre. Fatigué de démentir tous ceux qui croient reconnaître en lui un proche, il assume les identités qu'on lui prête. Il est le mari adultère qui rentre chez lui, il est le camarade de galère, il est le pensionnaire de la maison de retraite, il est la tête de turc d'une bande de brutes. Le courrier qu'il reçoit ne lui est jamais adressé. Son existence lui échappe et il ne fait rien pour la retenir.
C'est avec délice que j'ai plongé dans cet univers absurde. Le personnage, sans nom, perd les contours de lui-même. "Je passe de longs moments face au miroir à essayer de comprendre d'où me vient ce sentiment. Je me dévisage, je me tâte du bout des doigts. Je tourne la tête, d'un côté et de l'autre, je m'observe du coin de l'oeil. Et plus, je me regarde, moins je me reconnais." (p. 51) Solitaire dans un monde qui lui refuse une place définitive, il ne maîtrise pas le développement paranoïaque de ses pensées. Tout est prétexte au délire de persécution. Dans sa solitude désabusée, il développe aussi des idées farfelues, absolument hilarantes. "J'ai pensé qu'en mettant bout à bout tous les lacets de son existence, que l'on nouerait ensemble de la première paire à la dernière, on devrait pouvoir mesurer la longueur de sa vie avec une certaine exactitude, en mètres, plutôt qu'en années, ce qui me semblait plus approprié. Et l'on serait sans doute bien étonné de voir combien ce long lacet, ainsi obtenu, serait court. Combien de mètres au juste pouvait-on espérer? En y réfléchissant davantage, j'ai bien été forcé d'admettre pourtant, que cette méthode avait ses limites et ne pouvait pas s'appliquer à tout le monde, et notamment à certains privilégiés qui possédaient, au cours de la même période, plusieurs paires de chaussures qu'ils portaient en alternance, selon les jours ou les saisonss, au gré de leurs envies. En mettant bout à bout toutes leurs paires de lacets, cela donnerait à croire, du coup, qu'ils ont vécu bien plus longtemps que ceux qui ne possédaient qu'une seule paire de chaussures à la fois, ce qui évidemment est absurde. [...] Tout au contraire, on pourrait déduire à tort, en examinant à la fin de ses jours le chapelet de lacets d'un unijambiste, que sa vie a été deux fois plus courte que celle de quelqu'un qui était en possession de ses deux jambes. Et l'on aurait vite fait de conclure que l'on vit deux fois moins longtemps avec une seule jambe qu'avec deux. Ce qui n'est évidemment pas le cas. Quoique... Je ne sais pas. Cela devient très compliqué. On ne s'en sort plus. Que penser alors du cas d'un unijambiste qui ne serait toujours chaussé que d'une pantoufle? Cela conduirait à croire qu'il n'a pas vécu, ce qui n'est pas défendable non plus. Sans parler du problème des femmes qui ne mettent que rarement des chaussures à lacets. Pourrait-on en déduire, pour autant, que les escarpins nuisent gravement à la santé?" (p. 35 et 36)
Bémol tout de même, la chute est trop précipitée. Ca finit en eau-de-boudin... Dix pages de plus n'auraient pas desservi l'intrigue. Le roman reste tout de même bien mené, à un bon rythme. Les chapitres s'enchaînent aisément, et les hiatus entre chacun sont des développement à eux seuls: cela témoigne bien du côté caméléon du personnage.
Un bon moment de lecture, que je vais essayer "d'imposer" au N'amoureux...
Un grand merci à
et aux éditions
qui m'ont offert ce livre.
28 septembre 2009
Sarah et le lieutenant français
Roman de John Fowles. Lettre F de mon Challenge ABC 2009. 
La réputation de Miss Sarah Woodruff n'est plus à faire à Lyme, bourgade du sud-ouest de l'Angleterre. Pour tout le monde, elle est la malheureuse préceptrice qui s'est entichée d'un lieutenant français et qui lui a sacrifié son honneur. Depuis le départ sans retour de l'officier, Sarah, surnommée Tragédie, erre solitaire et mélancolique, le regard perpétuellement tourné vers le large, dans l'attente d'un vaisseau qui lui ramènerait son amant. Elle attire l'attention de Charles Smithson, fiancé à la délicate Ernestina Freeman. Charles essaie tout d'abord de n'entretenir que de plates relations avec Sarah, mais celle-ci se révèle être une femme complexe et torturée, aux desseins impénétrables.
Il en est des fins de romans comme des chaussures: il faut en essayer plusieurs avant de trouver la bonne. Et si vous êtes comme moi, vous repartirez avec toutes, puisque toutes conviendront. John Fowles excelle dans l'art de se moquer de son lecteur et dans celui de revoir les règles du récit. Pourquoi se contenter d'une fin alors qu'il peut en écrire trois. Je me garderai bien de vous révéler leur contenu, mais je souligne l'habileté de Fowles dans la manipulation des points de vue. J'ai particulièrement apprécié ses interrogations sur le rôle de l'auteur: est-il tout puissant sur ses personnages, ou ceux-ci ont-ils une autonomie et une volonté propre? Particulièrement étonnant de voir Fowles se faire passer pour un personnage, et même prétendre être le narrateur. Pour tout ceux qui ont quelques notions de théorie littéraire, il est évident qu'auteur et narrateur sont deux entités littéraires différentes. Pour John Fowles, la différence n'existe plus et les codes traditionnels sont brouillés.
Les fins alternatives qu'il propose entrent en résonnance avec la théorie de Darwin qu'il ne cesse de faire apparaître dans les discours des personnages. L'intrigue se déroule au 19° siècle. N'oublions pas la querelle qui oppose les darwinistes et ceux qui considèrent que la théorie de l'évolution est un blasphème. Les trois fins de Fowles présentent des personnages qui évoluent en fonction du changement de leur environnement. J'ai vraiment apprécié l'application de cette théorie scientifique à un contenu littéraire.
Délicieux également de lire l'opinion de Fowles sur les usages de la période victorienne. La bigoterie est systématiquement tournée en dérision, et c'est un bonheur de lire l'arrivée au paradis de Mme Poulteney. Très surprenant de voir comment des personnages du 19° siècle sont comparés à des officiers nazis ou à des membres de la Gestapo, le tout par un narrateur qui est supposé être partie prenante de l'histoire. Fowles nous impose une gymnastique chronologique et anachronique des plus savoureuses. On a l'impression d'être de petits curieux soulevant un pan du voile du passé pour observer le 19° siècle à la lueur de nos connaissances et raisonnements modernes.
J'ai beaucoup apprécié les nombreuses adresses que Fowles lance au lecteur. Il nous pousse à nous interroger, à refuser la passivité classique du lecteur qui attend tout de l'auteur. Il met le texte en suspens et il déjoue toutes les attentes traditionnelles du lecteur. Il interroge sur la lecture elle-même: n'est-elle qu'absorption d'une irréalité figée?
L'histoire en elle-même n'est pas des plus originales. Le thème de la femme manipulatrice, mi-ange, mi-garce (et quelle belle garce!) qui prend dans ses filets un bon gros benêt, c'est assez éculé. Mais le sujet n'est qu'un prétexte à tout ce que j'ai présenté plus haut, et le texte se lit très bien. Mention particulière pour la qualité des personnages secondaires. La servante et le valet sont dignes des pièces de Molière. Ils oeuvrent en coulisses et sont l'incarnation du bon sens et de la vraie vertu, qui n'a rien de commun avec celle que pratiquent les grenouilles de bénitier.
Vous l'aurez compris, ce roman m'a vraiment emballée! Je le prête à qui est intéressé!
Moi et toi
Julia et Michel s'aiment et se déchirent depuis vingt ans. Michel refuse d'avouer ce que sa fille Madeline a surpris. En refusant cet aveu à sa femme, il entraîne son couple au fond de l'abîme. Julia le pousse à bout, sans cesse méprisante, à la fois câline et cruelle, obsédée par cette femme inconnue. Les vacances de la petite famille à Toulon sont loin d'être ce qu'elles avaient promis.
Je suis toujours impressionnée par le talent que Queffélec possède. Il a un véritable don pour écrire la violence et la haine. Les mots ne sont pas porteurs de ces deux sentiments, ils sont ces sentiments. La narration est le reflet parfait de ce qui anime les personnages. Seul petit bémol, j'ai l'impression que l'auteur écrit toujours sur le même thème, à savoir la rivalité, sous toutes ses formes. A terme, pour le lecteur, les histoires se confondent, les couvertures s'estompent et toutes les pages deviennent une seule grande histoire. Pas totalement déplaisant, mais je me demande si lire un de ses livres, ce n'est pas les lire tous... Il faudra que je chronique Les noces barbares, le premier de ses livres que j'ai lus. Il m'a laissé un souvenir impérissable.
27 septembre 2009
Enclave, pour le Prix Médicis
Fin août, grâce à une opération conjointe de Babelio, Ulike et de nombreuses maisons d'édition, j'ai eu la chance de lire en avant-première le dernier livre de Philippe Carrese, Enclave, et d'en faire une critique, parue sur le site des Chroniques de la rentrée littéraire.
Ce roman, dont je ne peux qu'une nouvelle fois vous recommander la lecture, fait partie de la première sélection pour le Prix Médicis. J'attends avec impatience la future liste du jury, en espérant que le livre de Philippe Carrese y figure encore.
26 septembre 2009
Quelqu'un d'autre
Thierry Blin et Nicolas Gredzinsky se rencontrent sur un match de tennis. A l'issue d'une partie redoutable, le premier engage le second dans un défi étrange: devenir un autre pour échapper à leurs existences étriquées. Chacun a trois ans pour réaliser l'impossible. Pour Thierry, il s'agit de changer d'identité, de profession et de vie. Pour Nicolas, il faut cesser d'avoir peur. Pour ce faire, il plonge dans la boisson. Trois ans après ce défi lancé à l'irrationnel, les deux hommes se retrouvent, mais qui sait s'ils se reconnaîtront eux-mêmes.
Excellent! C'est le premier mot qui me vient à l'esprit. Pas le "Excellent!" que se lancent les jeunes de nos jours à propos de tout et surtout de n'importe quoi... Le "Excellent" de l'excellence, de la course à la perfection. C'est un peu ça qui anime les deux protagonistes, avec un petit air de Ad augusta per angusta (que je traduis grossièrement après des années de latin par "Vers les plus hauts sommets par les voies les plus étroites", devise odieuse des prépas littéraires...). Les chemins de la perfection ne sont pas simples à arpenter, mais sous la plume de Benacquista, la narration se déroule avec légèreté et finesse. Il y a de l'excellence dans la matière de traiter ce sujet, de l'excellence dans la façon de passer d'une histoire à l'autre, de l'excellence dans la leçon qui émane du texte, de l'excellence surtout parce que chacun fait bien ce qu'il veut de la leçon donnée.
J'ai passé un très bon moment de lecture, et je conseille ce livre à tout le monde.
24 septembre 2009
Le monde de Sophie - Le mystère de la patience
Le monde de Sophie - Sophie est une adolescente rêveuse très curieuse. Elle aime se réfugier avec son chat dans un buisson où elle laisse libre cours à ses jeunes réflexions. Un matin, Sophie reçoit une enveloppe. A l'intérieur, des cours de philosophie que lui adresse un mystérieux professeur. A la veille de ses quinze ans, elle est plongée dans un univers de découvertes et d'idées. Peu à peu, elle apprivoise ce monde fascinant. Sophie reçoit aussi de curieuses lettres, adressées à Hilde par un major de l'ONU. De nombreuses questions apparaissent: qui sont Hilde, le professeur, et même, qui est Sophie?
Le mystère de la petience - Hans-Thomas part en Grèce avec son père pour retrouver Anita, sa maman. Durant le voyage, un nain offre à Hans-Thomas une loupe. Plus loin, un vieux boulanger lui offre un livre. Ce dernier contient toute l'histoire des ancêtres du petit garçon. Hans-Thomas découvre le secret des poissons rouge et de la limonade pourpre, le secret du jeu du Joker et la vérité sur son passé. Il comprend que la vie n'est qu'un grand jeu de patience où chacun à un rôle à tenir. Et il apprend qu'il y aura toujours un Joker pour réveiller les esprits et poser des questions sur le monde.
J'ai découvert Jostein Gaarder au lycée. Depuis j'ai relu ces deux livres plusieurs fois. Je suis à chaque fois touchée par la douce sagesse qui émane de ces lignes. Et ma fibre littéraire se nourrit des mises en abîme que l'auteur sait utiliser avec légèreté et intelligence. Je sais gré aux traducteurs de rendre le texte si accessible. Quand je pense aux heures de souffrance intellectuelle vécues en cours de philosophie pendant mes deux ans de prépa, je me rappelle que Jostein Gaarder est le premier à m'avoir fait aimer la discipline, et à raison.
A ceux qui n'aiment pas la philosophie ou qui gardent un vilain souvenir des cours du lycée, je conseille ces romans et leur approche toute en finesse d'une discipline qui peut faire peur.
22 septembre 2009
La répudiée
Rachel et Nathan sont mariés depuis une dizaine d'années. Malheureusement pour ce couple juif très respectueux des traditions, aucun enfant n'est venu bénir leur union. Nathan est en droit de répudier sa femme. Profondément attaché à Rachel, il met longtemps à se résoudre à cette extrêmité. Après la répudiation, Rachel ne peut s'empêcher de croire en sa responsabilité dans l'échec de son mariage. Quand elle apprend que la stérilité qui accablait son couple était le fait de son mari, le chagrin fait place à la révolte.
Ce témoignage touchant d'une femme rejetée est parfaitement mis en valeur par la narration. Le texte est fluide, sans pathos larmoyant. Les scènes du quotidien traitées au coup par coup entrent en résonnance avec l'histoire éternelle - celle d'une femme rejetée, pour quelque raison que ce soit -, ce qui donne au récit une proximité émouvante. Pas grand-chose de très original à dire sur ce petit roman, si ce n'est qu'il m'a beaucoup émue et qu'il me laissera un très bon souvenir.
21 septembre 2009
Shanna
Roman de Kathleen E. Woodiwiss. 
Shanna est la fille du Lord Trahern, propriétaire du magnifique domaine de Los Camellos. Ce dernier exige de sa fille qu'elle se choisisse un époux, sans quoi il accomplira lui-même cette tâche. Pour se débarasser de cette obligation sans perdre sa liberté, Shanna choisit un condamné à mort destiné à la potence quelques heures après leur mariage. Se croyant veuve, Shanna peut enfin profiter de l'existence sans plus de soucier des exigences de son père. Mais le mari n'est pas mort et il revient exercer ses droits d'époux sur la fière Shanna.
Je sais, les Harlequinades, c'est fini... Mais j'ai trouvé ce livre dans la bibliothèque familiale, édité par France Loisirs. Et je l'ai lu une demi-douzaine de fois quand j'étais adolescente, en quelques heures à peine. Kathleen E. Woodiwiss, c'est une autre Barbara Cartland. Et j'adore! J'ai encore d'autres merveilleux romans d'amouuuuuuuur de cette auteure à vous faire découvrir, mais pas tout de suite, je ne lis pas que ça tout de même... Pour faire court, la femme est superbement belle, l'homme est merveilleusement viril et protecteur, les méchants sont punis, et l'amour est au beau fixe. Et avouez que la couverture est alléchante! Il fait envie le beau mâle enchaîné en arrière-plan, non?
19 septembre 2009
Les bourgeois de Minerve
Roman historique de Maryse Rouy. 
Dans le petit village de Minerve, le corps sans vie d'un frère dominicain est retrouvé à côté du puits. Cet évènement macabre n'est pas sans inquiéter les Minervois qui voient d'un mauvais oeil l'Inquisition s'installer dans leur quotidien. Minerve était autrefois un refuge cathare et son passé de cité hérétique n'est pas effacé. L'Inquisition est là qui rôde, à l'affût de tous les secrets, en quête de réponses sur la disparition du second frère dominicain qui accompagnait celui qui est mort. Gaillarde, l'unique prostituée de Minerve, est la confidente de tous les hommes du village et elle détient la clé de bien des secrets.
J'étais de ces enfants qui traînent des pieds quand les parents proposent une sortie instructive. C'était des grognements et de la mauvaise volonté apparente. Mais toutes les balades en pays périgourdin et les visites de Carcassonne et autres cités cathares ont marqué mon esprit d'enfant butée. Sous un masque de bouderie très travaillé, je me suis émerveillée devant ces citadelles éternelles et à l'écoute de cette histoire tragique, terrifiante comme un film d'horreur pour l'enfant que j'étais. Surtout qu'au catéchisme, on avait très largement simplifié comme suit: les hérétiques étaient méchants, ils ont été punis, on les a brûlés. Alors tenir ce livre, c'est revivre les frissons délicieux d'une enfance de rêve. L'intrigue est très bien ficelée, les personnages sont écrits avec ce qu'il faut de psychologie pour qu'ils ne soient pas caricaturaux. Je conseille ce roman aux amateurs de récits gothiques et à ceux que l'Histoire n'effraient pas. Mélusine et Nathalie, je parle de vous!
























