30 novembre 2009
Tropique du Cancer
Texte largement autobiographique d'Henry Miller. Lettre X de mon Challenge ABC 2009 (je n'avais pas d'auteur pour la lettre X, et il paraît que Miller, c'est classé X...)
Le narrateur, écrivain américain isolé en France, fait le récit de ses nuits de débauche et de ses amitiés masculines. Il aspire à devenir un écrivain du vice. Il suit le fil de ses pensées, entre considérations littéraires et vitupérations antisémites.
Voilà un texte abandonné à la page 164. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais décidément, je ne suis pas fan des récits érotico-porno-intellectuels. Lire page après page l'immense considération que le narrateur/auteur nourrit envers son organe et ses performances sexuelles, cela m'a agacée avant de me lasser. Prétendre faire tout un texte sur ce genre de postulat, ça ne marche pas pour moi. Lire la litanie des noms de femmes qui passent entre ses draps (Irène, Tania, Llona, Mona, Elsa, Fanny, Germaine, Claude, etc.), ça ne m'intéresse pas davantage.
J'ai cherché, en vain, le sens du titre. Le tropique du cancer, géographiquement, ça veut dire quelque chose. Pour ce texte, je ne vois pas. Chercher l'explication dans le texte, c'est une autre épreuve. Le langage est cru, anatomique, putassier. Bien entendu, ça colle au sujet, mais je n'aime pas le langage vulgaire.
J'ai sans doute manqué le meilleur, ou peut-être suis-je simplement passée à côté de l'intérêt du texte, mais je ne le reprendrai pas, à moins que quelqu'un soit capable de m'en dire autre chose que "Il est trooooop bien!". Je voulais lire au moins un texte de Miller, pour faire pendant à ma lecture estivale de Venus Erotica d'Anaïs Nin. L'un comme l'autre m'ont déçue. Nin/Miller, c'est fait, je passe à autre chose!
Le péplum
"Singulière expression que le "péplum"! Terme latin désignant à l'origine une tunique romaine, puis passant dans le langage cinéphile des années 1960 en France, pour former "film en péplum", vite abrégé en "péplum" tout court, il désigne dorénavant un ensemble de films absolument protéiforme. Synonyme bien souvent de kitsh ou de carton-pâte, il évoque aussi bien les superproductions hollywoodiennes que le cinéma bis le plus invraisemblable. A travers lui, ce sont des dizaines d'images archétypales qui viennent immédiatement à l'esprit: empereurs fous, chrétiens jetés aux lions, femmes fatales et jeunes vierges évanescentes, culturistes et gladiateurs, crucifixions, Atlantide et Rome de la décadence, passage de la mer Rouge et construction des pyramides. Le tout se bouscule dans un désordre d'autant plus inextricable que [...] la vérité historique n'est et n'a jamais été le but ni l'ambition de ces films. [...] La seule difficulté, une fois que l'on admet que le péplum est un film concernant une période quelconque de l'Antiquité, est de déterminer le début et surtout la fin de celleci... Mais dans le fond, qu'importe, puisque l'esthétique des films compte finalement plus que leur traitement de l'Histoire!" (p. 4 et 5)
Cet ouvrage illustré présente de façon fort logique l'évolution du genre cinématographique, de la technique au traitement des sujets choisis. L'Antiquité, qu'elle soit mythologique, guerrière, décadente, païenne ou chrétienne, est mise à l'honneur, tout comme le sont ses thèmes de prédilections: le cirque, la bataille, la Passion, l'esclavage, etc. Art du gigantisme en toutes choses, le péplum engloutit l'Antiquité classique, principalement la romaine, pour en faire "un festival orgiaque de supplices, de tortures et de sexualité débridée." (p. 28) Hors de tout réalisme historique, le genre fait l'apologie de la débauche de chair, entre héros culturistes invincibles et femmes lascives et dénudées.
L'ouvrage présente les grands noms de l'histoire du péplum: Cécil B. deMille, Quo Vadis ou Ben Hur, sans, hélas, en dire suffisamment. On survole à un train d'enfer cent ans de péplum. Les illustrations sont superbes, mais l'image ne remplace pas toujours avantageusement le discours. Une somme considérable d'exemples ne suffit pas à étayer un argumentaire laconique. Néanmoins, le livre est un bel inventaire de tout ce qui s'est fait, par qui et avec qui, en matière de péplum.
Je reproche à l'auteur un parti pris négatif absolument agaçant pour toute la production pré-1950. Je ne suis pas une fan inconditionnelle de ce qui s'est fait au début du siècle, parce qu'il est vrai que tout a mal vieilli. Mais systématiquement taxer de kitsch ce qui était pourtant parfaitement novateur à l'époque c'est de l'étroitesse d'esprit, ou je ne m'y connais pas!
J'adresse un grand merci à
, chouette communauté dont je fais partie depuis peu (et qui a oeuvré à la grande réussite des Chroniques de la Rentrée littéraire), pour m'avoir offert ce bel ouvrage. Un grand merci également aux éditions Armand Colin pour ce partenariat. Le diaporama ci-dessous présente les autres ouvrages de la collection.
29 novembre 2009
Ce que je sais de Vera Candida
Roman de Véronique Ovaldé. 
Après avoir été la meilleure prostituée de l'île de Vatapuna, Rosa Bustamente a rangé ses charmes pour devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants. L'arrivée de Jéronimo, homme au passé louche et aux capacités amoureuses défaillantes, sonne le glas de la tranquillité de Rosa. Elle tombe enceinte de Violette. L'enfant, d'abord lente et muette, grandit en devenant une terrible bavarde et une belle débauchée. C'est sans surprise qu'elle tombe enceinte à quinze ans, probablement du fils du maire. Rosa constate rapidement l'incapacité de sa fille à élever son enfant. "Rosa Bustamente fut une grand-mère formidable." (p. 74), élevant Vera Candida à grand renfort d'aphorismes et de conseils avisés. Etrange répétition de l'histoire, Vera Candida devient aussi mère à quinze ans. Décidée à échapper au sort malheureux de ses aïeules, elle quitte Vatapuna pour Lahomeria, et décide d'élever sa fille, Monica Rose, sans jamais lui révéler le nom de son père, pour effacer toute trace du passé. A Lahomeria, elle trouve refuge dans le Palais des Morues, une maison tenue par Mme Gudrun Kaufman, qui recueille les filles-mères sans foyer. Vera Candida ne veut pas qu'on la remarque, et c'est bien malgré elle qu'elle attire l'attention de Hyeronimus Itxaga, un journaliste qui dévoile le passé nazi de l'époux défunt de Mme Kaufman. Itxaga et Vera Candida vivent longtemps un amour solide qui sauve la jeune femme des démons de son passé. Mais pour Vera Candida, la route ne s'arrête que quand elle accepte de les affronter, et de revenir sur les lieux de son enfance.
Amérique latine, terre d'exotisme, de force et de mystère. Terre de violence aussi, de hiératisme poussiéreux où tout ne change que pour revenir à l'identique. La fatalité et l'atavisme sont la norme pour Rosa et Vera Candida. Vera Candida, celle qui est vraiment blanche, porte en elle une tâche secrète dont elle ne révèle l'origine qu'à la toute fin. Le personnage gagne en épaisseur à chaque page, jusqu'à devenir un personnage supra-littéraire. Dès les premières lignes qui parlent d'elle, "Vera Candida a ce genre de regard, c'est comme un muscle de son visage qui se serait crispé, une malformation congénitale, impossible d'avoir l'air doux et attendri" (p.11), le visage de Frida Kahlo s'est imposé comme représentation de ce personnage féminin hors du commun: femme superbe mais brisée, force de la nature stoppée en plein mouvement.
J'aime que les personnages secondaires aient leur propre histoire, qu'ils dépassent leur fonction initiale d'adjuvant ou d'opposant pour mener au sein du texte une existence indépendante, pour devenir les protagonistes d'une nouvelle histoire. Itxaga est un personnage remarquablement écrit. Il est d'abord le chevalier blanc, redresseur de torts et défenseur de la liberté brandie en étendard. Il devient, l'espace de quelques pages, l'incarnation des victimes des dictatures et des systèmes répressifs. Le récit qui est fait des mauvais traitements qu'on lui inflige est digne des meilleurs apologues et contes philosophiques, dans la veine du Candide de Voltaire. "Ils ramenèrent Itxaga chez lui trois jours plus tard. Il lui manquait dix dents et un doigt (l'auriculaire de la main gauche qui ne sert somme toute pas à grand-chose - parfois ils étaient plus désagréables, ils vous laissaient repartir sans pouce.) Officiellement, il avait dégringolé les escaliers des locaux de la Capa et s'était brisé le doigt sous une meule - il y avait une meule dans la cour de la Capa [...], il y avait aussi un piquet au milieu de la dite cour, et parfois vous pouviez attraper des insolations à force de rester à vous faire bronzer trop près de ce piquet. [...] Les types de la Capa avaient essayé pendant trois jours de lui mettre l'assassinat de la vieille Gudrun Kaufman sur le dos, et de lui faire signer des aveux. [...] Itxaga avait tenu bon. Tout simplement parce qu'il n'avait pas compris pendant un bon moment ce qu'on voulait lui faire avouer. Quand il avait enfin compris, il n'avait déjà plus ses dents ni son doigt, alors il s'était réfugié quelque part dans un tout petit endroit de son corps, serré en boule, et il avait attendu que ça passe. [...] La Capa avait épousseté Itxaga, lui avait présenté des excuses, donné l'adresse d'un bon dentiste, l'avait délicatement menacé pour qu'il ne porte pas plainte et l'avait fait raccompagner chez lui [...]." (p. 165 et 166) Impossible de ne pas rire jaune et crispé, surtout quand il s'agit de se justifier, un peu plus loin: "Elle lui demanda enfin comme il avait perdu son doigt. Il lui dit quelque chose comme, J'ai fait du bricolage. Elle haussa les sourcils, Et la balafre, c'est aussi le bricolage?" (p. 198)
Avec finesse, l'auteur dévoile un autre tenant de l'histoire latino-américaine, à savoir comment le continent est devenu le refuge de certains officiers nazis à la fin du second conflit mondial. Cet aspect historique ancre le récit dans une réalité que l'on a, par ailleurs, bien du mal à fixer, tant le sujet de l'histoire tend à se confondre avec l'universel. Que lit-on ici, si ce n'est l'histoire de la femme en général, de son enfance à sa mort? Que lit-on, si ce n'est l'éternelle et désespérante marche du monde? Thème déjà bien éculé, mais l'auteure fait preuve de génie en déclinant le personnage féminin au travers des trois âges qui le compose. Violette a peu d'importance, elle est un maillon obligatoire mais éphémère, la jeunesse fugace dont on ne sait que faire. Vera Candida en femme accomplie et Rosa en vieille avertie sont des incarnations sublimes des deux plus importantes facettes de la vie des femmes.
Le récit file à toute allure. Ebouriffant, le texte sait aussi être impertinent à force d'effets dilatoires. Le prologue/épilogue rend avide, immédiatement. Et le titre? Qui sait quoi de Vera Candida? Qui donc nous raconte cette histoire? Où est le narrateur? Est-ce l'auteure, humblement qui nous livre sa création en l'état, non achevée? Est-ce un biographe anonyme qui a retourné le passé? Est-ce moi, lectrice, qui glâne au fil des pages des indices et des semi-vérités? Voilà bien le premier et le dernier mystère de ce livre étourdissant.
J'adresse un grand merci au site qui m'a offert ce livre et qui m'a fait découvrir une auteure dont j'espère entendre très vite reparler! En attendant, je vais mettre la main sur Les hommes en général me plaisent beaucoup et Et mon coeur transparent, dont j'ai entendu grand bien.
26 novembre 2009
Le dernier soupir du Maure
Roman de Salman Rushdie. Lettre R de mon Challenge ABC. 
Moares Gama-Zogoiby est le narrateur d'une surprenante histoire: la sienne et celle de sa famille. Son récit commence bien avant sa naissance. Il se réclame, ainsi que son ascendance, de l'illustre Vasco de Gama. Dans une famille où l'excès et la différence sont monnaie courante, il trouve sa juste place. Biographe familial cynique, tendre, ingrat, révolté ou désabusé, il dresse aussi un portrait vitriolé de l'Inde, avant et après la domination anglaise, dans laquelle des personnages comme Gandhi ou Nehru ont des rôles bien moins grands que ceux qu'ils jouent dans la famille Gama-Zogoiby.
Malchanceux, le Maure l'est dès sa naissance. Fils d'Aurora, une héritière et artiste de génie mais femme de peu de coeur et d'Abraham, juif de Cochin, escroc et soumis à son épouse, Moares, dit le Maure, se distingue à plus d'un titre. Né très largement avant terme, affublé d'une main difforme, il est soumis à un vieillissement deux fois supérieur à la norme. Malchanceux par son nom, malchanceux par son ascendance, il fait aussi des choix malheureux. Il semblerait qu'il s'entête à suivre la voie barrée pour mieux se fourrer dans des situations impossibles. Il échappe de peu au contrat malhonnête que son père passe avec sa grand-mère, mais c'est pour mieux devenir la créature de sa mère, à la fois adorée et détestée, réclamée et repoussée.
Aurora de Gama est belle, impertinente, gourmande et dynamique. Fille adorée d'un père faible et brisé par la mort de sa femme, elle a grandi sans autorité et a gardé de son enfance une insouciance, une liberté et une volonté à toute épreuve. Elle attire les regards et les convoitises des hommes et des femmes. Entourée d'artistes, dont le peintre Vasco de Miranda qu'elle rendra désespérement fou d'amour, elle gravite au centre d'un univers où tout lui est consacré. Son fils n'est qu'un joyau de plus dans son coffre aux trésors.
Dernier-né d'une fatrie de filles, Moares grandit entouré de trois soeurs dont les prénoms tronqués ou déformés tendent à se confondre pour créer une seule entité sororale, polymorphe et inquiétante. Ina, Minnie et Mynah connaissent des destins sublimes et décadents. Toutes les femmes que fréquentent le Maure portent en elles un germe d'auto-destruction. Entre Dilly Hormuz, sa préceptrice et première amante, et sa fiancée perdue, la superbe et courageuse Nadia Wadia, le Maure connaît l'éblouissement des sens et du coeur auprès d'Uma Sarasvati. La jeune femme, sculpteur au talent naissant, est passionnément attirée et obsédée par Aurora, la pétulante et charismatique maman du Maure. Entre les deux femmes commencent malgré tout un combat dont l'enjeu est Moares.
Moares est aussi un boxeur surprenant même s'il utilise sur le tard son talent destructeur. Pendant des années, il travaille dans l'entreprise parternelle, prétendument consacrée à la vente de talc pour bébés, même s'il est de notoriété publique qu'Abraham Zogoiby est un magnat de la drogue indienne.
Que cette lecture a été ardue! Voilà un livre qui ne se laisse pas faire! Les cent premières pages, loin d'être déplaisantes, riches d'un humour caustique et de détails savoureux, m'ont cependant paru interminables. Il est absolument insupportable d'attendre aussi longtemps pour arriver au coeur du sujet. Avant d'en venir au personnage principal, il faut d'abord faire connaissance - et en profondeur! - avec deux générations d'aïeux dont les aventures picaresques nous entraînent bien loin du sujet principal. A moins que le sujet principal ne soit qu'un prétexte pour dessiner une saga familiale qui ne se comprend que dans l'ampleur et la démesure!
Le motif récurrent du dernier soupir du Maure, traité par le texte et par l'image, est intelligemment disséminé au fil des pages. Ca donne envie de relire Chateaubriand! Aurora est un personnage fabuleux mais il aurait été encore plus fabuleux qu'elle ait existé et qu'elle ait peint les toiles dont les descriptions accompagnent chaque épisode de l'histoire de Moares. Les représentations qu'elle fait d'elle et de son fils sont allégoriques, psychédéliques, iconoclastes, blasphématoires. Cela aurait un délice de les avoir sous les yeux!
Je suis toujours très sensible à la synesthésie d'un texte. J'avais beaucoup apprécié la lecture du Parfum de Patrice Süskind, pour le talent dont l'auteur a fait preuve pour convertir les mots en odeurs. Dans le texte de Salman Rushdie, j'ai retrouvé le même talent. De la première étreinte enivrante entre Aurora et Abraham sur des sacs de poivre, de cardamome et de cumin aux promenades dans les dédales de Bombay, on respire l'Inde onirique de l'explorateur Vasco de Gama, pays merveilleux d'épices et de tissus éblouissants. "De grands arbres généalogiques issus de petites graines: il convient, n'est-ce-pas, que mon histoire personnelle, l'histoire de la création de Moares Zogoiby, ait son origine dans le retard d'un chargement de poivre?" (p.85) Une petite graine de poivre comme un grain de sable qui change le fonctionnement classique de la machine.
Superbe hommage à l'Inde, portrait à l'acide également. L'auteur n'épargne pas son pays d'origine! "L'Inde Mère avec son faste criard et son mouvement inépuisable, l'Inde Mère qui aimait, trahissait, mangeait et dévorait ses enfants puis qui les aimait de nouveau, ses enfants dont les relations passionnées et les querelles sans fin allaient bien au-delà de la mort; elles s'étendaient dans les immenses montagnes comme des exclamations de l'âme, et le long des larges fleuves charriant miséricorde et maladie, et sur les plateaux arides ravagés par la sécheresse sur lesquels des hommes entamaient la terre stérile à la pioche; l'Inde Mère avec ses océans, ses palmiers, ses rizières, ses buffles aux trous d'eau, ses grues aux cous comme des portemanteaux perchées sur la cime des arbres, et des cerfs-volants tournant hauts dans le ciel, et les mainates imitateurs, la brutalité des corbeaux au bec jaune, une Inde Mère protéenne qui pouvait devenir monstrueuse, qui pouvait n'être qu'un ver sortant de la mer [...], qui pouvait devenir meurtrière, qui dansait avec la langue de Kali et le regard qui louche pendant que mourraient les multitudes; mais au-dessus de tout, au centre exact du plafond, au point où convergeaient les lignes de toutes les cornes d'abondance, l'Inde Mère avec le visage de Belle." (p. 77)
L'Orient et l'Inde, ce ne sont pas des zones géographiques vers lesquelles mes pas se porteraient naturellement, encore moins ma curiosité. Je n'y connais pas grand chose, que ce soit en terme de culture, de religion, de spiritualité, d'histoire, et que ne sais-je pas encore! Je pense sans aucun doute que de grandes choses m'ont échappées pendant la lecture, des finesses culturelles, des anecdotes, des traits d'humour, des vitupérations politiques et historiques, ... Devant une telle oeuvre, on se sent humble. Moi, je me suis sentie toute petite. Le texte foisonne, se développe, bondit et repart en arrière, entre analepses fulgurantes et digressions labyrinthiques. Il y a un peu du récit de Shéhérazade, un peu des Mille et une nuits dans ce texte qui semble ne pas vouloir finir. Et les cent dernières pages, bijou du livre, révèlent les conditions de narration de cette saga rocambolesque et justifient les extrapolations et récits parasites dont on se demandait ce qu'ils apportaient vraiment au texte. Également récit policier, comme on le comprend dans les dernières parties du livre, l'intrigue s'amuse à nier ce qu'elle défendait pour mieux proposer de nouvelles solutions.
Entre le conte d'Andersen La reine des neiges et Le marchand de Venise de Shakespeare, le texte se nourrit et regurgite tout un palimpseste littéraire et baroque. Les érudits parlent de réalisme magique pour qualifier l'écriture de Salman Rushdie. Pour faire simple, c'est quand le fantastique du conte ou de la légende se mêle au réel pour donner une nouvelle réalité dans laquelle on retrouve des éléments concrets mais qui offre aussi des anomalies parfaitement acceptées. Un des derniers exemples de textes de ce genre qui m'a renversé est Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Ensuite, il y a eu Le livre des nuits de Sylvie Germain. Le dernier soupir du Maure est tout aussi renversant, avec sa famille folle et tentaculaire, et ses péripéties démentielles!
(La rendicion de Granada, Francisco Pradilla y Ortiz)
24 novembre 2009
If possible...
Une nouvelle fois, me voilà taguée par Liliba. Le tag a circulé sur la blogosphère tout l'été, et je pensais bien y avoir échappé. Et non... Et comme parfois, un dessin vaut mieux qu'un long discours, une image répondra mieux que moi à la réponse. Attention aux liens hypertextes cachés!
1- Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (Eh oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature!)
2- Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages... Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle... Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule, et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre... Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)
Déjà Daniel Craig, aucune chance, mais bon, je suis pas vache, je le laisse pas souffrir. Je lui tends trois choses:
Les mouchoirs pour le gros chagrin de crocodile, l'aspirine pour la douleur immédiate, le bottin pour l'adresse d'un osthéo. Faut pas laisser traîner les luxations. Le tout en silence siouplé, y'en a qui lisent screugnegneu!
3- C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (Voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)
4- Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?
5- Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?
6- Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?
Euh, oui, non, je ne sais pas. Je vais d'abord lire le tome 1. Je verrai après si je veux que Voldemort, qui doit être méchant avec un nom pareil, vaut la peine qu'on le sauve. Mais ça veut surtout dire qu'il est zigouillé à la fin du tome 7, et ça, ça refroidit vachement mon envie de lire le cycle Happy Potter. Parce que si on me raconte la fin, je ne vois pas l'intérêt de lire le reste...
7- Jusqu'où êtes-vous allé pour un livre ?
Au Québec, pendant six mois dans la médiathèque qui se cache derrière le drapeau. En six mois, j'ai comblé mes lacunes en littérature québécoise. Et c'était fabuleux. A quand un voyage de six mois en Australie?
8- Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur, qui serait-ce ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part "bonjour")
"Bonjour" d'abord. La politesse, tout de même! Et ensuite: "Où sont les femmes?" façon Patrick Juvet. Je suis fan des romans de Jules Verne, mais il est chiche en personnages féminins, ou alors ce sont des peintures, des photos, bref des absentes. J'en ai écrit des pages à ce sujet en prépa!
9- Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.
Vous voyez la bibliothèque d'Alexandrie, la BnF? Pipi de chat tout ça! La mienne serait tout ça en bien plus grand, avec en plus tous les bouquins jamais parus. Na!
10- Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine deuxième guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?
Il faut reprendre les fondamentaux avec lui... Et lui apprendre à lire.
Que serait un tag sans tagué? On ne change pas une équipe qui gagne! Je nomme Mélusine et Clara pour la suite, qui feront bien ce qu'elles voudront de ce tag, et qui peuvent aussi m'envoyer au diable!
Sur ce, je retourne à mon livre. Il serait temps que je produise un billet qui parle de lecture, exclusivement de lecture!
22 novembre 2009
The 2009 Blogger Appreciation Awards
Me voilà taguée par Liliba, qui me demande de citer 7 choses que j'apprécie particulièrement. Voici un tag sympathique pour terminer un beau dimanche. Je me lance, en images!
1- Les lapins! Mon lapin en peluche tout particulièrement, mais je le garde rien qu'à moi. Toute la compagnie des Bugs Bunny, Roger Rabbit, Coco Lapin, Panpan et autres est la bienvenue chez moi, sous toutes ses formes. Les lapins, c'est tout doux, tout chaud, tout mignon!
2- Mon sac à main Degré noir! Trop chic et toujours impeccablement rangé, avec tout ce qu'il faut dedans, du plus utile au plus futile! Celui qui figure ci-dessous n'est pas le mien, je n'en ai pas trouvé la photo, mais y'a un peu de ça. Je vous l'ai dit, un chic incroyable!
3- Les boucles d'oreilles! Mon bijou fétiche, sans lequel je ne sors pas de chez moi. J'en ai des dizaines de paires: créoles, clous, perles, dormeuses, petites, longues, doubles, etc. Mon accessoire indispensable, sans aucun doute.
4- L'Apremont et la Mimolette! Là, c'est un deux-en-un, mais le mariage des deux, selon mon palais et mes papilles, est divin! L'Apremont, c'est le piquant et le fruité, la grande classe dans un verre à pied. La Mimolette, c'est la douceur et la force, un goût inimitable et imbattable.
5- Les livres! Enfin une chose moins futile... Et on s'en serait douté vu la teneur principale de ce blog. Lire, partager autour des livres, entasser les livres, donner et offrir des livres, encore des livres, toujours des livres.
6- Ecrire et recevoir des lettres! Depuis toujours, c'est un plaisir incroyable: choisir le papier, le bon stylo, le bon moment. Et attendre, impatiente, une réponse.
7- Tenir mon intérieur! J'adore, et c'est peu de le dire, nettoyer, astiquer, ranger, trier, organiser, repasser, cuisiner (ah, cuisiner...), laver, etc. Je suis une fée du logis qui s'assume, maniaque et fière de l'être!
Personne n'avait indiqué que ce tag devait présenter des choses sérieuses ou intelligentes... Et nous sommes dimanche soir, j'ai dit ce qui me passait par la tête!
Pour poursuivre ce tag, je choisis deux blogueuses: Mélusine et Clara. Amusez-vous!
16 novembre 2009
Jacques le fataliste et son maître
Texte philosophique de Denis Diderot.
Jacques et son maître parcourent les chemins. Le valet fait le récit de ses amours. Il est sans cesse interrompu, soit par les anecdotes de son maître, soit par les aventures qui ponctuent leur périple. Le narrateur-auteur prend souvent la parole pour expliquer pourquoi son livre n'est un roman.
Absolument fabuleux! Et je ne pense pas à la grande Josiane quand je dis ça! Ce texte était au programme de mon année de terminale, il y a 6 ans (pfiou, ça passe!) et je l'ai lu et relu, travaillé et surligné, gribouillé et machouillé jusqu'à plus soif, avec un plaisir immense.
On connaît le Diderot libertin, le Diderot encyclopédiste, le Diderot des Lumières. Dans ce texte, j'ai découvert un Diderot humoriste. Les malchanceuses aventures sentimentales de son héros sont d'un comique, parfois un peu gras, que Rabelais n'aurait pas renié. Les considérations du personnage sur la destinée et la fatalité sont dignes d'un Sganarelle révisant son arithmétique. Le tout est très habilement ficelé dans une suite de récits enchâssés, de digressions délicieuses et de considérations intéressantes sur le statut du lecteur et celui de l'auteur. Il faut un peu s'accrocher aux pages pour ne pas perdre le fil du récit, mais la lecture reste mémorable.
Et c'est bien le seul livre de Diderot que j'ai relu!
12 novembre 2009
Nouvelle édition des Hauts de Hurle-Vent
En juillet, j'ai fait un billet sur Les Hauts de Hurle-Vent, d'Emily Brontë.
En me promenant sur le blog de Cynthia, j'ai découvert que Le Livre de Poche a fait une nouvelle édition de ce chef-d'oeuvre, en coffret collection pour les fêtes de Noël.
Je n'ai pas d'ordinaire l'attitude d'une groopie qui achète tout ce qui sort au sujet de sa star préférée. Mais ce livre a marqué ma jeunesse. Et il n'existe pas en Pléiade. Alors je m'offre comme cadeau de Noël anticipé (y'a pas de mal à se faire du bien!) une belle édition quand même! Et je vais le relire!
Deux soeurs pour Léonard
Roman de Karen Essex. Lettre E de mon Challenge ABC 2009. 
Isabelle et Béatrice sont les héritières du royaume d'Este. Leurs mariages sont la garantie de la paix entre les grandes maisons d'Italie et renforcent tout un réseau d'alliances entre les puissants d'Europe. La belle Isabelle épouse Francesco, prince de Mantoue, qu'elle aime tendrement depuis leurs fiançailles. À la jeune et timide Béatrice revient d'épouser Ludovic Sforza, régent pour le prince de Milan. Ludovic est un homme dévoré d'ambition qui entend bien ne jamais rendre le trône à son neveu Gian Galleazo. Celui qu'on surnomme Le More est un maître de guerre et un fin stratège manipulateur, mais il est aussi un érudit, un esthète amateur de jolies femmes et d'oeuvres inestimables. Le fleuron de sa cour est Léonard de Vinci. Entré à son service en tant qu'ingénieur militaire, le Maître a su imposer tous ses talents. Les femmes qu'il représente sur ses toiles sont immortalisées et sublimées. Et c'est bien ce que veut Isabelle, la belle-soeur de Ludovic. Profondément impressionnée par la virile prestance de son beau-frère et par le faste qu'il déploie pour faire de Milan une cité italienne de premier ordre, Isabelle veut être de ces femmes dont il collectionne les portraits. Et qui mieux que Léonard de Vinci pourrait rendre hommage à sa superbe beauté? Entre les deux soeurs de la maison d'Este, tout est sujet à rivalité: le mariage, les enfants, la possession d'oeuvres d'art, l'ascendant sur Ludovic, le lien avec le Maître.
Enfin un bon roman historique! Suffisamment de romance pour ne pas avoir l'impression d'assister à un cours magistral, et suffisamment de contenu documenté pour ne pas lire une stupide romance assaisonnée de quelques détails historiques. La facture du texte est élégante: elle présente des ellipses maîtrisées et des analepses intelligentes. La narration s'agrémente fort à propos d'écrits du Maître: des courriers, des études anatomiques et médicales, des analyses physionomiques, des carnets de commande, etc. Tout un paratexte scientifique et détaillé qui fournit sans qu'on s'en rende compte un grand nombre d'informations pertinentes et intéressantes sur la vie et l'oeuvre de Léonard de Vinci.
Bon roman historique parce qu'il nous en apprend sur l'histoire de l'Italie avant l'Italie. Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans les conflits qui opposèrent les états italiens indépendants. Naples, Venise, Mantoue, Milan, Florence, Sienne, Pise et tant d'autres noms, qui sont pour nous aujourd'hui des villes, ont d'abord été des royaumes indépendants aux histoires mouvementées, dans lesquelles se sont illustrés des personnages éclatants. Je suis sortie de ma lecture en ayant un peu dissipé le brouillard qui entourait l'histoire italienne.
Un des autres atouts de ce livre tient dans les descriptions. Avec les tenues flamboyantes des héroines qui rivalisent de folies pour surpasser toute la cour en beauté et les toiles du Maître, minutieusement décrites, le texte est très visuel et donne envie d'aller se promener au Louvre et autres musées pour découvrir les merveilles de ce temps-là.
En conclusion, c'était une bonne lecture, divertissante et plaisante pour occuper un jour férié. Je la conseille sans aucun doute pour les lecteurs qui voyagent.
10 novembre 2009
Le Prix Virilo
En réponse à mon message intitulé Déception, Daniel Fattore m'a renvoyée vers le blog du Prix Virilo. Un petit pied de nez au Prix Fémina, et aux prix en général. J'adore!
Comme quoi, en matière de prix, les possibilités ne s'arrêtent que là où l'imagination tombe en panne...










































