05 novembre 2009
Les petits chiens
Livre illustré par Sharon Beals. 
Peu de textes pour accompagner de belles images en noir et blanc argenté. D'adorables frimousses de craquants petits chiots trop mignons.
Pas d'analyse ou de critique pour cet ouvrage, juste du ressenti purement affectif, des "Oh" et des "Ah" parce que j'adore les toutous, moi! Et là j'ai été servie!
Lili Galipette en mode puéril qui gazouille et qui s'émerveille. Ca passera, pas de problème...
24 octobre 2009
Le livre des nuits
Victor-Flandrin Pléniel, que l'on appelle aussi Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup, quitte la péniche qui l'a vue grandir, s'éloigne de l'eau à laquelle sa famille était attachée depuis des générations pour s'enfoncer dans les terres. Il porte au coup les sept larmes de son père, dont le visage a été marqué par le sabre d'un uhlan en 1870. Il avance accompagné de l'ombre blonde de sa grand-mère qu'il porte comme une protection. C'est à Terre-Noire, un lieu reculé, qu'il établit son existence, qu'il prend femme, quatre fois, et qu'il engendre une descendance nombreuse, sous le sceau de la géméllité et de la tache d'or qu'il transmet à l'oeil de tous ses enfants. Traversant les conflits qui agitent le reste du monde, incapable de soustraire les siens aux remous de l'histoire et des passions, Victor-Flandrin dure longtemps alors que sa famille meurt et se réduit.
Nuit-d'Or-Gueule-de-Loup est un personnage comme j'aimerais en croiser plus souvent dans mes lectures: "Nul ne savait vraiment d'où il venait, ni pourquoi ni comment il était arrivé là. Les légendes et les ragots les plus fantasques couraient au sujet de son teint noirci par la poussière de charbon, des taches d'or de son oeil qu'il se mettait maintenant à distribuer à sa progéniture, de son ombre blonde qui hantait toute seule les chemins, de son accointance avec les loups, de sa voix dont l'accent différait de celui de la région, de son regard capable d'éteindre les miroirs et de sa main mutilée." (p. 94)
Et tous les autres personnages sont aussi bien construits. La question de l'identité est au coeur de tout le roman. Il y a impossibilité pour tous d'être unique. Il n'y a que double et dédoublement, soit par la géméllité, soit par un double prénom, soit par un surnom qui parachève la personne, qui valide l'existence.
Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans la progéniture de Victor-Flandrin. J'y ai vu une famille fantastique, aux ramifications infinies, un peu comme l'immense tribu des personnages de Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez. A la fois bien réels et totalement chimériques, les êtres traversent le texte et lui confèrent une valeur merveilleuse, aux limites du fantastique. Il y a celui qui parle aux loups, celui qui porte en lui son frère, celles qui sentent et vivent les malheurs de demain, celui qui chante mieux que les oiseaux, etc.
Le texte, à la fois récit familial, récit initiatique pour chaque personnage, apologue, conte philosophique, légende, se décompose en strates qui ne peuvent aller les unes sans les autres. C'est très bien écrit, puissant et entraînant. C'est la meilleure lecture de mon mois d'octobre.
Pour m'y retrouver et pour ceux qui seraient tentés par le livre, voici un petit récapitulatif de la famille Pléniel. C'est basique, mes compétences en description généalogique n'étant pas bien étendues.
Génération 1 |
Génération 2 |
Génération 3 |
Génération 4 |
Vitalie + Le Père |
Théodore-Flandrin |
Théodore-Flandrin + Noémie |
Honoré-Firmin & Herminie-Victoire |
Théodore-Flandrin + Herminie-Victoire |
Victor-Flandrin (Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup) | ||
Mariages et descendance de Victor-Flandrin Pléniel | |||
Victor-Flandrin + Mélanie Valcourt |
Augustin & Mathurin (Deux-Frères), Mathilde & Margot (La Maumariée) |
Deux-Frères + Hortense = Benoît-Quentin |
|
Victor-Flandrin + Blanche Davranches |
Rose-Héloïse (Sœur Rose de Saint-Pierre) & Violette-Honorine (Sœur Violette du Saint-Suaire) |
||
Victor-Flandrin + une femme anonyme |
Raphaël, Gabriel et Michaël |
||
Victor-Flandrin + Elminthe-Présentation-du-Seigneur (Sang-Bleu) |
Baptiste (Fou d’Elle) & Thadée |
Baptiste + Pauline = Jean-Baptiste (Petit-Tambour) & Charles-Victor (Nuit d’Ambre) |
|
Thadée = Tsipele et Chlomo |
|||
Victor-Flandrin + Ruth |
Sylvestre & Samuel, Yvonne et Suzanne |
||
27 septembre 2009
Enclave, pour le Prix Médicis
Fin août, grâce à une opération conjointe de Babelio, Ulike et de nombreuses maisons d'édition, j'ai eu la chance de lire en avant-première le dernier livre de Philippe Carrese, Enclave, et d'en faire une critique, parue sur le site des Chroniques de la rentrée littéraire.
Ce roman, dont je ne peux qu'une nouvelle fois vous recommander la lecture, fait partie de la première sélection pour le Prix Médicis. J'attends avec impatience la future liste du jury, en espérant que le livre de Philippe Carrese y figure encore.
26 septembre 2009
Quelqu'un d'autre
Thierry Blin et Nicolas Gredzinsky se rencontrent sur un match de tennis. A l'issue d'une partie redoutable, le premier engage le second dans un défi étrange: devenir un autre pour échapper à leurs existences étriquées. Chacun a trois ans pour réaliser l'impossible. Pour Thierry, il s'agit de changer d'identité, de profession et de vie. Pour Nicolas, il faut cesser d'avoir peur. Pour ce faire, il plonge dans la boisson. Trois ans après ce défi lancé à l'irrationnel, les deux hommes se retrouvent, mais qui sait s'ils se reconnaîtront eux-mêmes.
Excellent! C'est le premier mot qui me vient à l'esprit. Pas le "Excellent!" que se lancent les jeunes de nos jours à propos de tout et surtout de n'importe quoi... Le "Excellent" de l'excellence, de la course à la perfection. C'est un peu ça qui anime les deux protagonistes, avec un petit air de Ad augusta per angusta (que je traduis grossièrement après des années de latin par "Vers les plus hauts sommets par les voies les plus étroites", devise odieuse des prépas littéraires...). Les chemins de la perfection ne sont pas simples à arpenter, mais sous la plume de Benacquista, la narration se déroule avec légèreté et finesse. Il y a de l'excellence dans la matière de traiter ce sujet, de l'excellence dans la façon de passer d'une histoire à l'autre, de l'excellence dans la leçon qui émane du texte, de l'excellence surtout parce que chacun fait bien ce qu'il veut de la leçon donnée.
J'ai passé un très bon moment de lecture, et je conseille ce livre à tout le monde.
24 septembre 2009
Le monde de Sophie - Le mystère de la patience
Le monde de Sophie - Sophie est une adolescente rêveuse très curieuse. Elle aime se réfugier avec son chat dans un buisson où elle laisse libre cours à ses jeunes réflexions. Un matin, Sophie reçoit une enveloppe. A l'intérieur, des cours de philosophie que lui adresse un mystérieux professeur. A la veille de ses quinze ans, elle est plongée dans un univers de découvertes et d'idées. Peu à peu, elle apprivoise ce monde fascinant. Sophie reçoit aussi de curieuses lettres, adressées à Hilde par un major de l'ONU. De nombreuses questions apparaissent: qui sont Hilde, le professeur, et même, qui est Sophie?
Le mystère de la petience - Hans-Thomas part en Grèce avec son père pour retrouver Anita, sa maman. Durant le voyage, un nain offre à Hans-Thomas une loupe. Plus loin, un vieux boulanger lui offre un livre. Ce dernier contient toute l'histoire des ancêtres du petit garçon. Hans-Thomas découvre le secret des poissons rouge et de la limonade pourpre, le secret du jeu du Joker et la vérité sur son passé. Il comprend que la vie n'est qu'un grand jeu de patience où chacun à un rôle à tenir. Et il apprend qu'il y aura toujours un Joker pour réveiller les esprits et poser des questions sur le monde.
J'ai découvert Jostein Gaarder au lycée. Depuis j'ai relu ces deux livres plusieurs fois. Je suis à chaque fois touchée par la douce sagesse qui émane de ces lignes. Et ma fibre littéraire se nourrit des mises en abîme que l'auteur sait utiliser avec légèreté et intelligence. Je sais gré aux traducteurs de rendre le texte si accessible. Quand je pense aux heures de souffrance intellectuelle vécues en cours de philosophie pendant mes deux ans de prépa, je me rappelle que Jostein Gaarder est le premier à m'avoir fait aimer la discipline, et à raison.
A ceux qui n'aiment pas la philosophie ou qui gardent un vilain souvenir des cours du lycée, je conseille ces romans et leur approche toute en finesse d'une discipline qui peut faire peur.
11 septembre 2009
Pourquoi j'ai mangé mon père
Edouard veut évoluer, c'est-à-dire descendre de l'arbre du haut duquel son père entend tout régenter. Fini les arbres et les légumes. Vive les grottes, l'eau courante, le feu et la viande. Au grand dam d'une certaine partie de sa famille, Edouard bouleverse le système vital de sa horde. Décidé à acquérir de nouvelles compétences grâce à de nouvelles expériences, il apprend entre autres choses que le feu n'est pas toujours un bon ami. Edouard a très à coeur de partager ses découvertes, au risque de se faire de nombreux ennemis.
Relu avec délices, ce livre est un récit initiatique à sa manière, et pourquoi pas un récit freudien, puisque le fils tue symboliquement le père. Avec de l'humour à chaque mot, les pages se dévorent à toute vitesse. Inutile de chercher des éléments véridiques ou de quelconques indices de la vie des hommes préhistoriques. Tout n'est que bouffonerie et absurdité sur fond de conte philosophique.
05 septembre 2009
Le Rouge et le Noir
Roman en deux tomes de Stendhal. 
Julien Sorel est le fils d'un charpentier. Refusant de suivre les traces de son père, il se fait engager comme précepteur chez M. et Mme de Rénal, un couple de bourgeois provinciaux. Entre le jeune Julien et la très belle Mme de Rénal se noue une folle passion. M. de Rénal conçoit très rapidement des soupçons. Mais ce qui menace vraiment le couple d'amants, ce sont les ambitions de Julien qui l'entraînent vers la capitale. A Paris, Julien devient le secrétaire du marquis de La Mole, et s'éprend de sa fille Mathilde. Les deux jeunes gens vivent une histoire houleuse où la haine et l'amour se mêlent au mépris et aux promesses d'éternité. Après bien des tensions, Julien épouse Mathilde. C'est sans compter Mme de Rénal et sa peine d'amour.
De la passion, de la fougue, des promesses! Mon coeur chavire à chaque relecture. L'adolescente que je suis encore redécouvre chaque fois avec le même éblouissement ce classique de la littérature française. Je n'en dirai pas des tonnes sur le style. D'autres que moi l'ont déjà fait, et bien mieux. Il me reste de cette histoire des souvenirs éternels, des échos romantiques qui résonnent longtemps.
04 septembre 2009
Jane Eyre
Après une enfance dans un pensionnat très strict et des années auprès d'une tante méprisante et tyrannique, Jane Eyre est une femme gauche et effacée. Elle trouve une place de gouvernante dans la maison de M. Rochester, auprès de la protégée de celui-ci. La relation entre Jane et son employeur est d'abord faite de méprises et de propos rudes. Mais Jane est endurante, et elle s'attache à sa jeune élève. Peu à peu, M. Rochester s'adoucit, et il se noue une tendre complicité entre les deux personnes, jusqu'à leur mariage. Mais de sombres secrets se glissent entre eux, et le passé qui ressurgit n'augure rien de bon.
Qu'il est difficile de ne pas trop en dire! La romance n'est pas l'essentiel de ce roman magistral. Le plus intéressant reste le côté sombre du texte et ses accents de roman noir gothique qui a connu ses belles heures au XIX° siècle en Angleterre. Les mystères qui entourent le passé de M. Rochester sont propices au développement d'une imagerie macabre, à la limite du fantastique. J'ai lu ce texte en français quand j'étais jeune. Quand mon anglais est devenu suffisamment solide, je me suis fait un plaisir de le relire dans la langue de Charlotte, et j'ai découvert un monde de subtilités littéraires. Je conseille même ce livre aux amateurs de polars, car il y a matière à cogiter.
03 septembre 2009
Paul et Virginie
Roman de Bernardin de Saint-Pierre. 
Paul et Virginie ont été élevés ensemble, comme frère et soeur. Leurs mères respectives leur ont donné le sein à tous les deux, et ils ont grandi dans la plus parfaite harmonie, sur les terres splendides de l'île de France. En grandissant, ils développent l'un envers l'autre de doux sentiments amoureux. Inquiète de cette attirance, la mère de Virginie envoie sa fille étudier en France, loin de Paul qui reste à se languir de son premier amour. Plusieurs années après, Virginie revient sur l'île. Mais le bateau qui la ramène vers l'élu de son coeur fait naufrage.
Que c'est beau! Encore une madeleine de Proust! Je me revois adolescente, pleurant à chaque page. Même quand je me dis que ça dégouline de bons sentiments et d'une guimauve que ne renierait pas Harlequin et Cie, je ne peux m'empêcher d'affirmer que c'est un des plus beaux romans sentimentaux que j'ai jamais lus! Hormis la bluette qui unit les deux héros éponymes, il faut souligner le talent avec lequel l'auteur évoque la nostalgie du paradis perdu, et l'errance adulte sur des terres qui ne seront jamais aussi accueillantes que l'étaient celles de l'enfance protégée. Ah lalala, j'en reprendrais bien une tranche!
02 septembre 2009
Anna Karénine
Anna Karénine est mariée. Elle appartient la haute bourgeoisie russe. Son mari, plus âgé qu'elle, est un homme comblé par cette épouse aimante et respectueuse. Anna brille dans les salons où on l'invite. Les mères de famille la citent en exemple. Le jour où Anna rencontre le bel officier Alexis Vronski, elle fait voler en éclat le morne équilibre de son existence. Le déshonneur la guette. A cette passion destructrice s'oppose la calme et sage romance qui unit lentement Lévine et Kitty dans un bonheur durable et raisonné.
Un des romans qui m'a émerveillée quand j'étais adolescente. Lu et relu après chacune de mes amourettes, ce livre m'accompagne depuis des années. La construction de l'intrigue est impeccable. D'un chapitre à l'autre, on passe des tourments d'Anna aux misères amoureuses de Lévine, pour revenir à Saint-Pétersbourg et repartir dans la campagne russe. Le talent de Tolstoï, c'est de dépeindre sans lourdeur la vie mondaine de l'élite russe, et avec autant de finesse la vie rustique du pays. Anna Karénine est en outre une figure féminine d'une puissance incroyable. Pas de doute, et au même titre que Madame Bovary de Flaubert, voici un livre que je ne me lasserai jamais de relire. Ce qui confirme que la figure littéraire de la femme adultère m'intéresse!












