06 octobre 2009
La place
L'auteure fait le récit de l'existence de son père, depuis ses premières années de garçon de ferme jusqu'à la réussite du petit commerçant. Elle raconte aussi les brisures constantes entre cet homme du passé et elle, jeune femme happée par la modernité.
Moins catastrophique Les années, ce livre ne se laisse toutefois pas lire avec plaisir. L'auteure parle de son père, un être pour lequel chacun ne peut qu'éprouver des sentiments extrêmes, quelle qu'en soit la nature, avec une insupportable platitude assumée? "Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d'une vie soumise à la nécessité, je n'ai pas le dorit de prendre d'abord le parti de l'art, ni de chercher à faire quelque chose de 'passionnant" ou "d'émouvant"? Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d'une existence que j'ai aussi partagée. Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L'écriture plater= me vient naturellement, celle-là même que j'utilisais en écrivant auterfois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles." (p. 24) Ca ne me convainc pas. J'ai l'impression de lire le résumé objectif de toute une catégorie sociale. A croire que le père d'Annie Ernaux n'est qu'un prétexte pour raconter de façon grossière toute la destinée d'une génération.
Mais peut-être aussi que j'aime trop mon papa pour réussir à comprendre qu'on puisse ainsi parler de tous ces hommes merveilleux...
05 octobre 2009
Les amants du Tage
Antoine a tué sa femme après l'avoir trouvée dans les bras d'un autre. Il est acquitté. Kathleen a poussé son époux du haut d'une falaise. Elle fuit, se croyant hors de tout soupçon. C'est à Lisbonne, au son d'un fado, qu'ils se rencontrent. Entre eux, l'amour n'est que doute et questionnement. Un enquêteur de Scotland Yard se sert de leurs crimes respectifs pour les amener à se détruire l'un l'autre.
Bof. La jalousie hystérique et vociférante n'est pas de mon goût. J'ai eu la constante impression que l'auteur n'était pas capable de finir ses phrases, a fortiori ses chapitres. On passe d'un moment à un autre par des hiatus pleins d'une brusquerie qui frôle avec la grossièreté. J'apprécie la concision, pas l'avarice de mots. Lu très vite, à oublier très vite. On ne peut pas écrire Le lion tous les jours.
08 septembre 2009
Pour l'amour de l'Inde
Lady Edwina Mountbatten est l'épouse du vice-roi des Indes, Lord Mountbatten. C'est à lui que revient d'orchestrer la décolonisation de l'Inde. Il oeuvre avec Jawarharlal Nehru, le bras droit de Ghandi, pour que tout se passe sans heurt et sans haine. Entre Edwina et Nehru se noue un amour impossible. Elle appartient au passé de l'Inde. Nehru en est l'avenir prometteur.
Sur fond d'indépendance et de conflits religieux, ce double biopic (celui d'Edwina et celui de Nehru) très romancé se lit sans déplaisir. Il y a parfois des longueurs, des considérations dont on se demande où elles mènent. Les personnages sont très bien écrits, trop bien peut-être. C'est toujours un peu agaçant de tout connaître des protagonistes, pensées, envies, passé, actions, etc. Le roman est tout de même un bel hommage à l'Inde, poétique et nostalgique.
Je me rappelle avoir placé le titre du livre dans une composition d'histoire sur la décolonisation et dans une composition de littérature sur la biographie en prépa. Et je me rappelle les trois points d'interrogation écarlates et soulignés (???) dont mes professeurs avaient maculé mes feuilles. Et moi de penser "Bandes d'ignares, il n'y a pas que Montherlant et Saint-Simon dans la vie!" Mais bon, j'aurais peut-être dû mieux lire Montherlant et Saint-Simon...
07 septembre 2009
Feu de glace
Roman de Nicci French. Lu lors de sa parution, en 2002 ou 2003.
Alice Loudon mène une vie paisible. Scientifique émérite, elle conjugue travail et vie conjugale dans un équilibre parfait. Il suffit d'un regard avec un étranger pour qu'elle abandonne tout. Avec Adam, elle découvre la passion sans limite. Adam est un alpiniste héroïque qui a secouru un groupe de randonneurs. C'est aussi un homme en proie à de violents démons. Il refuse qu'on l'abandonne ou qu'on le néglige. Exclusif, il impose à Alice une transparence et une disponibilité de tous les instants. Son passé est flou. En voulant combler les blancs, Alice s'aventure en terrain dangereux. Jusqu'où ira Adam pour la garder et pour dissimuler son passé?
Mouaif... C'est un thriller. Pas ma tasse de thé (en porcelaine de Chine). Pour commencer, gros carton rouge pour la couverture de l'édition que j'ai choisie! Hors-sujet complet! Je me rappelle les cris et émois de mes camarades de classe qui l'ont lu en même que moi. Nous avions 15-16 ans, jeunes lycéennes impressionnables. Elles étaient toutes palpitantes et emballées par les exploits d'Adam et par sa féroce virilité (et féroce est bien édulcoré..). Et moi de considérer ce livre comme un gros navet et de me demander quelle fille normale pouvait avoir de pareils fantasmes! Non merci Tarzan, moi pas vouloir une lune de miel qui frôle l'asphyxie... Tout est trop "gros" pour moi dans ce genre de littérature: les personnages, les évènements, les situations. Le manichéïsme des personnages est très vite agaçant. On a la gentille Alice qui quitte son gentil mari, et qui est bien punie puisqu'elle a brisé son mariage. Et on a le vilain Adam qui fait des vilaines choses, mais c'est normal, il est méchant. Un peu bêbête... Ca pourrait presque être rangé avec les Chairs de Poule s'il n'y avait les quelques scènes torrides entre Alice et Adam. Une petite analyse des prénoms pour finir. Alice, c'est une énième version du personnage de Lewis Carroll: la petite fille désobéissante qui perd ses repères dans un monde étrange et inquiétant. Mais c'est bien fait pour elle, elle n'avait qu'à écouter sa maman. Adam, c'est le premier homme pour Alice, dans le sens où elle découvre sa féminité et son potentiel sensuel avec lui. Ca rappelle vaguement, et il faut vraiment creuser, Eve qui se découvre nue et rougissante après avoir croqué le fruit défendu. Et encore une fois, c'est à cause d'Adam qu'on expulse la femme du Paradis (Ceci n'est pas une revendication ou un billet féministe...) Bref, ce n'est pas une lecture aussi désagréable que mon billet peut le laisser entendre. Il faut être réceptif au genre pour apprécier. Moi, ça me fait juste sourire au point de vouloir dire des bêtises à mon tour...
25 juillet 2009
Mes nuits sont plus belles que vos jours
Roman de Raphaële Billetdoux. Prix Renaudot 1985 (une très bonne année!) 
Lucas et Blanche sont deux êtres solitaires et esseulés. Leur rencontre est faite de violence, d'incompréhension et de recommencement. Trois jours suffisent pour faire de cette union une tragédie. Les deux solitudes en mouvement ne savent pas se retenir, s'apaiser et s'harmoniser.
C'est un texte intéressant. La narration ne ménage aucun temps mort et c'est mieux ainsi. L'intensité de l'histoire ne peut se traduire que par l'urgence et la concision. Mais j'ai trouvé le sujet un peu banal. A vouloir trop rendre la violence des sentiments, il me semble que l'auteure a fait preuve d'un peu de grossiéreté sur certains passages. Néanmoins, c'est un texte qui se lit vite et qui occupe agréablement une pause repas un tantinet tristounette.
23 juillet 2009
Tayaout, fils d'Agaguk
Tayaout, premier fils d'Agaguk, part seul vers le Sommet de la Terre, à l'âge de quinze ans. Il y affronte l'ours blanc, le grand représentant des Esprits. Agaguk et sa femme ont retrouvé leur village. Iriook rêve de son fils et prie les Esprits pour qu'il revienne. Et Tayaout revient, avec la pierre magique.
Deuxième partie d'une histoire familiale, ce texte s'essouffle dès les premières pages.
Agaguk
Agaguk est inuit. Voulant échapper au contrôle de son père, il part dans la toundra avec sa femme Iriook. Ils vivront plusieurs années à l'écart des leurs, dans l'angoisse des Blancs. Pour se défendre, Agaguk tue Brown, un trafiquant d'alcool. Entre peur et quotidien, Agaguk se bat aussi contre lui-même.
Peu de choses à dire. Je n'ai pas été touchée par le personnage. La description des paysages est intéressante mais elle suscite peu d'émotions.
04 juillet 2009
N'oublie pas d'être heureuse
Fédala, petit village de l'autre côté de l'Atlantique, bien loin de Paris. C'est là que grandit la narratrice, entre sa cousine Sofia, sa mère sur laquelle tout semble glisser, et sa tante Fifi qui débarque une fois par an de Paris. Le jeune fille sait qu'un jour elle partira. Pour elle, le bonheur n'est pas là, pas maintenant. Il y a un ailleurs qui donnera du sens à sa vie. Arrivée à Paris, hébergée par Fifi, la vie n'est pas plus rose. Elle n'est chez elle nulle part. Paris la renvoie à sa condition de provinciale et à ses aspirations démesurées.
Bof. C'est très verbeux. Beaucoup trop de considérations oiseuses sur le sens de la vie. Ce livre que les critiques ont tant vanté ne m'a pas séduite. Pourtant, le titre était alléchant, de même que la quatrième de couverture, qui est un extrait du livre: "Ma mère disait: "N'oublie pas ton chapeau." Mon père disait: "N'oublie pas d'être heureuse." Comme s'ils pressentaient à quels dangers je pourrais m'exposer." Le texte se lit vite et, je pense, s'oublie tout aussi rapidement...
10 juin 2009
Impuretés
Lisa est retrouvée noyée dans le lac. Toute la colline soupçonne son frère Evy. Le mutisme de celui-ci ne plaide pas en sa faveur. Entre son père, ancien junkie, et sa mère, actrice dépressive sur le retour, tout semble rendre son existence cauchemardesque. Initié trop tôt aux drogues et au sexe, Evy sombre lentement dans un gouffre. Et tombent avec lui les proches de Lisa et tous ceux qui ne prennent pas garde à la force d'une jeunesse désabusée.
L'auteur a un don dérangeant, celui de mettre des mots sur le malaise, sur cette frontière ténue entre le moral et l'immoral. Les mots collent à la peau, visqueux et lourds. La narration, entre ellipses et faux-semblants, se traîne de page en page. C'est trop glauque pour moi...
30 mai 2009
La rose des vents
Solange Favier, jeune veuve d'une trentaine d'année, a fait de sa demeure un hôtel de charme sur les bords de la Méditerrannée. Chaque été, les vacanciers se retrouvent pour goûter la douceur du climat et la qualité de l'accueil que Solange a su créer. Avec sa filleule Marianne, elle s'attache à faire du séjour de ses clients un moment béni. La quiétude des lieux ne résiste hélas pas aux troubles qui précédent la seconde guerre. La petite communauté d'intellectuels allemands qui a fui le Troisième Reich n'est plus en sécurité à Sanary. Les habitants se montrent hostiles et la menace se fait plus pressante. La Rose des Vents vit ses dernières heures de paix.
Peu de choses à dire sur ce roman. Une énième variation sur une figure féminine qui résiste. Toutes ne peuvent certes pas être des Lucie Aubrac, mais celle-ci manque sérieusement d'étoffe. La guerre n'est qu'un prétexte aux romances amoureuses qui se nouent. Sans grand intérêt.














